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21 mars 2022

Protection de l'enfance : un Conseil scientifique pour enrichir les pratiques professionnelles

Le Conseil scientifique départemental de la protection de l'enfance s'est réuni pour la seconde fois jeudi 24 mars. Marie Tonnerre, vice-présidente du Département du Nord en charge de l'Enfance, de la Famille et de la Jeunesse, nous explique pourquoi la mise en place d’une politique scientifique dans ce domaine est incontournable.

Quel est le rôle de ce Conseil scientifique ?

Marie Tonnerre : Nous avons pensé le Conseil scientifique comme un terrain de rencontre entre la recherche et la pratique. Ces espaces de collaboration directe, pourtant indispensables pour éclairer l’action publique, sont aujourd’hui peu développés en France, a fortiori dans le champ de l’action sociale. De l’autre côté de l’Atlantique, nos collègues québécois œuvrent depuis 15 ans à ce rapprochement. Et les résultats de cette collaboration sont très positifs ! Nous nous inspirons directement de ces expériences pour animer le Conseil scientifique.

Nous avons réuni une douzaine de chercheurs d’horizons disciplinaires variés (droit, psychologie, sociologie, pédiatrie…) et confié la présidence de ce Conseil au docteur Rosa Mascaro, pédopsychiatre et directrice de l'espace Lebovici à Lille. Je la remercie vivement d'avoir accepté ce rôle et d'être à nos côtés. Nous sommes allés chercher certains membres en Belgique, en Suisse… Tous ou presque sont impliqués dans des projets de recherche transnationaux. Cette ouverture internationale est précieuse. Nous avons beaucoup à apprendre des systèmes de protection de l’enfance étrangers. De nombreux outils cliniques, véritables supports pour les professionnels de terrain, ont été développés et validés scientifiquement par nos chercheurs et homologues francophones. Ils gagnent à être connus et diffusés auprès de nos équipes !

Notre objectif partagé est, in fine, d’améliorer les réponses apportées aux enfants et aux familles, et cela passe par le développement d’une culture scientifique au sein de notre collectivité.

Marie Tonnerre, vice-présidente du département du Nord en charge de l'Enfance, de la Famille et de la Jeunesse

Les membres du Conseil scientifique nous aident à identifier les connaissances actualisées nécessaires à l’exercice des missions de protection de l’enfance. Nous identifions avec les acteurs de terrain les problématiques et nous les soumettons aux membres du Conseil scientifique. Il peut s’agir par exemple de recueillir leur avis sur l’utilisation des outils de repérage de la dépression périnatale ou de les questionner sur l’existence de données récentes sur les interventions à conduire auprès des enfants victimes de violences sexuelles.

Pourquoi est-ce important pour le Département du Nord de se doter d'une politique scientifique dans le domaine de la protection de l'enfance ?

Marie Tonnerre : Notre feuille de route, votée le 16 novembre 2020, porte une ambition claire : « Faire du Département du Nord un territoire pionnier en matière de protection de l’enfance ». En ce sens, la structuration d’une politique scientifique départementale est incontournable.

Les connaissances produites sur l’enfant, son développement, son contexte de vie, ont considérablement augmenté ces vingt dernières années. Pour autant, l’utilisation de ces connaissances sur les lieux de pratique reste limitée. Il faut compter une quinzaine d’années entre la publication des résultats de recherche et leur utilisation effective, soit une génération d’enfants. L’animation d’une politique scientifique départementale est un véritable accélérateur ! Elle constitue l’un des axes phares de notre feuille de route et nous y consacrons des moyens financiers spécifiques. Nous avons recruté à cet effet une conseillère scientifique auprès de la Directrice Générale Adjointe déléguée à l’Enfance, la Famille et la Jeunesse qui joue le rôle d’interface entre les chercheurs, les élus et le terrain. L’Etat nous soutient financièrement dans cette démarche dans le cadre de la Stratégie de prévention et de protection de l’enfance.

Notre Département est celui qui accueille le plus d’enfants protégés en France et nous faisons face à des problématiques multiples. Il faut aujourd’hui reconnaître la complexité de l’exercice des missions de protection de l’enfance et donner aux professionnels les outils et les soutiens nécessaires.  Le croisement des savoirs scientifiques, professionnels et expérientiels est à ce titre essentiel.

Quelles sont les premières actions déployées ?

Concrètement, notre politique scientifique se décline en 3 axes :

  • La définition et l’actualisation d’un socle de connaissances partagé
  • La production de connaissances sur les problématiques observées à l’échelle de notre territoire 
  • La diffusion de connaissances auprès des acteurs de terrain

Depuis 18 mois, de nombreuses actions ont été mises en œuvre à ces trois niveaux.

Dans le champ de la formation, nous avons mis en place le séminaire des cadres des pôles enfance, famille, jeunesse en territoire. C’est un espace de réflexion qui croise expertise professionnelle et apports théoriques. En outre, nous organisons pour la deuxième année consécutive une formation d’adaptation à l’emploi pour les nouveaux arrivants au Département. Les contenus pédagogiques proposés s’appuient directement sur des connaissances scientifiques actualisées, par exemple sur les besoins de l’enfant et le psycho traumatisme.

Le déploiement d’actions innovantes, notamment financées dans le cadre de la contractualisation avec l’Etat, constitue une opportunité pour compléter les connaissances scientifiques. C’est le cas pour la recherche-action en cours sur le Projet pour l’enfant mais aussi pour l’intervention auprès d’enfants victimes de violences sexuelles.

Enfin, nous expérimentons de nouveaux supports de diffusion des connaissances. Nous finançons des formations interinstitutionnelles, en lien avec les priorités de la feuille de route, pour partager des apports théoriques récents avec nos partenaires. Nous construisons des plans de transfert de connaissances, ce qui permet d’élargir le spectre de la formation. Sur le psycho traumatisme, nous souhaitons proposer des actions de sensibilisation à un large nombre d’acteurs mais aussi des formations plus avancées, avec l’appui de chercheurs experts. Dans le cadre de la déclinaison des conclusions du rapport sur les 1000 premiers jours, un groupe de travail constitué de tous les métiers du service de Protection Maternelle et Infantile expérimente une méthode d’adaptation des connaissances aux réalités opérationnelles. Ces démarches sont très stimulantes et ouvrent de nombreuses perspectives pour notre Département !

Crédits photo : Cédric Arnould

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