CULTURE , DÉCOUVRIR LE NORD | TOUT LE DÉPARTEMENT
18 juin 2020

Podcast #1: Charles de Gaulle, homme du Nord

Pour le premier numéro du podcast départemental On s'dit quoi, direction la Maison natale Charles de Gaulle à Lille. Sa directrice Marie Lefebvre est l'invitée de ce nouveau rendez-vous à l'occasion des commémorations de l'Appel du 18 juin.

Vous faites partie des nombreux internautes déjà convaincus par les podcasts? Le Département du Nord lance un nouveau produit original, pour vous informer d'une autre manière, au moment que vous aurez choisi, sur ce qui fait l'actualité du Nord et des Nordistes.

Un invité fil rouge accompagnera chaque épisode. L'occasion aussi de découvrir des initiatives locales, un groupe de musique qui fera l'actualité demain ou encore et des idées sorties dans notre département.

On se dit quoi est déjà disponible gratuitement sur Spotify et Apple Podcast. Vous retrouverez également l'ensemble des émissions sur Nord info.

Bonne écoute !

On se dit quoi #1

- [Musique]

- [Pierre-François Decourcelle] « On se dit quoi » le podcast original du Département du Nord.

- [Pierre-François Decourcelle] Bonjour je suis Pierre-François Decourcelle, bienvenue dans « On se dit quoi », le premier numéro du podcast proposé par le Département du Nord, un nouveau rendez-vous à retrouver à la demande sur vos plateformes habituelles et sur notre site d'information info.lenord.fr

Pour inaugurer ce rendez-vous nous sommes très heureux d'être aujourd'hui avec Marie Lefebvre, la directrice de la Maison natale Charles de Gaulle à Lille.

-    Bonjour Marie

-    [Marie Lefebvre] Bonjour Pierre-François

-    [Pierre-François Decourcelle] Alors Marie, ce n'est pas tout à fait un hasard si nous nous retrouvons ici dans la Maison natale en pleine rénovation, vous l'entendrez sans doute derrière nous pendant cet échange, et nous allons en reparler puisqu'il se trouve que nous allons bientôt commémorer une date importante dans l'histoire du Général de Gaulle, et donc par extension dans l'histoire de notre pays.

-    [Marie Lefebvre] Oui tout à fait on s'approche effectivement du 80ème anniversaire de l'appel du 18 juin, acte fondateur de la France libre et de la résistance, c'est un événement important qu'on s'apprête à célébrer dans cette année De Gaulle.

-     [Pierre-François Decourcelle] Mais ce n'est pas le seul anniversaire important cette année…

-     [Marie Lefebvre] Non effectivement, c'est une année assez riche autour de Charles de Gaulle puisqu'en novembre on commémorera aussi le 50ème anniversaire de sa disparition survenue en 1970, et puis fin novembre l'anniversaire qui est très important et très symbolique pour nous, le 130ème anniversaire de sa naissance le 22 novembre, puisqu'il est né en 1890.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et il est né à Lille dans le Nord, on le sait peu, beaucoup de Nordistes l’ignorent. Ecoutez cet extrait tiré de la websérie « De Gaulle, un homme du Nord » qui a été diffusée récemment par l'INA avec la Région Hauts-de-France.

-    [Extrait] Charles de Gaulle naît le 22 novembre 1890 au 9 rue princesse à Lille dans la maison de sa grand-mère maternelle, il est baptisé le jour même à l'église Saint-André à quelques mètres de là. La foi catholique ne le quittera plus jusqu'à la fin de sa vie. Dans ses mémoires il raconte : « cette foi a grandi en même temps que moi dans le milieu où je suis né ». Ce milieu c'est d'abord celui de sa mère Jeanne Maillot issue d'une famille d'industriels lillois attachée aux traditions et au catholicisme. « Ma mère portait à la patrie une passion intransigeante à l'égal de sa piété religieuse ». Quant à son père Henri de Gaulle, il descend d'une très ancienne famille de juristes et de lettrés parisiens. Il est enseignant et compte parmi ses élèves son propre fils Charles. Henri de Gaulle l'initie aux grands récits fondateurs de la France et à l'histoire des terres du Nord si souvent traversées par les invasions.

-    [Pierre-François Decourcelle] Marie Lefebvre, c'est vrai ça que le Général n'oubliera jamais ses racines Nordistes ?

-     [Marie Lefebvre] Ah oui tout à fait ! Effectivement c'est un homme qui est resté profondément attaché au territoire qui l'a vu naître, pas seulement parce que c'est son lieu de naissance mais aussi parce qu'il descend d'une famille de Nordistes. Sur ses quatre grands-parents, trois sont du Nord de longue tradition, donc déjà voilà, la filiation, l'attachement au Nord est ancré dans le sang des Maillot et des De Gaulle. Et puis c'est une terre qu'il va bien connaître dans laquelle il va revenir dans des moments importants de son enfance.

-     [Pierre-François Decourcelle] Et puis plus tard aussi, lorsqu'il est devenu président, il est revenu notamment pour un grand voyage en 1966 ?

-     [Marie Lefebvre] Oui en 1966, et même dès l'après-guerre il revient faire une tournée quasiment dans les villes du Nord qui ont été très marquées par la Seconde guerre mondiale et il fait beaucoup de grands discours sur les places principales des villes et des villages et là il leur dit qu'il appartient au Nord et qu'il se sent proche d’eux, donc c'était important pour lui d'en parler aussi.

-     [Pierre-François Decourcelle] Ses racines elles sont donc ancrées profondément dans ce Département, et puis singulièrement dans cette maison familiale où nous sommes aujourd’hui. A quoi ressemblait-elle à l'époque et à quoi ressemblait le quartier qui l’entourait, le Vieux-Lille aujourd'hui pour ceux qui connaissent ?

-    [Marie Lefebvre] Alors le quartier et la maison ont beaucoup changé d'une certaine façon par rapport aux années de la fin du 19ème siècle. Lorsque Charles de Gaulle naît ici en 1890 il naît dans la maison de ses grands-parents maternels dont le grand-père est industriel dans le textile. Donc c'est un quartier qui est marqué par tous ces entrepreneurs qui habitent, qui travaillent, il y a une entreprise de textile qui est juste à côté de la maison dans laquelle travaille le grand père. Et puis le quartier est jalonné d'industries similaires, mais de restaurants, d’estaminets. Et se côtoient finalement les patrons d’entreprises, comme c'est le cas de Jules-Emile Maillot, mais aussi les ouvriers qui y habitent. Donc on a des maisons bourgeoises, des hôtels particuliers, mais aussi les maisons de courées, et donc c'est un paysage assez hétéroclite, c'est un quartier qui est aussi insalubre à l’époque il ne faut pas l’oublier, on est pas du tout dans le côté un peu chic que l'on connaît aujourd'hui au Vieux-Lille, et la maison elle se distingue aussi par son côté maison bourgeoise avec des arts décoratifs, à l'époque de maisons d'appartenance à cette classe sociale.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et à ce titre-là, elle est assez emblématique c'est la maison natale du Général, mais c'est aussi un témoin de l'architecture de cette époque.

-    [Marie Lefebvre] Exactement c'est un bien patrimonial, aussi à cet égard, et c'est aussi l'objet effectivement des travaux qu'on effectue.

-     [Pierre-François Decourcelle] Donc ces travaux ils ont pour objectif de rendre à la maison cet aspect originel qu'elle avait à la fin du 19ème siècle est-ce qu'on peut en dire quelques mots du coup ? Il y a énormément de choses qui sont faites ici, mais quel est l'objectif de ces travaux ?

-    [Marie Lefebvre] Alors l'objectif c'est de redonner à la maison le maximum d'authenticité et de la faire ressembler au plus proche de celle que Charles de Gaulle a connu lorsqu'il était enfant, et lorsqu'il est venu voir ici sa grand-mère, puisque son grand-père est décédé assez tôt après sa naissance. C'est une maison qui était très riche en décorations et ça c'est un petit peu effacé au fur et à mesure du temps. Aujourd'hui avec les travaux, on a pu retrouver les traces de ses décors anciens et qui, comme je le disais tout à l’heure, illustre l'appartenance sociale et bourgeoise de la famille.

-    [Pierre-François Decourcelle] Donc ce sont des papiers peints, des peintures c'est ça qu'on a recherché ?

-    [Marie Lefebvre] Exactement c'est ce qu’on a recherché, et c'est ce qu'on a trouvé. On a trouvé justement un nombre incalculable, enfin on peut le calculer justement, mais impressionnant de papiers peints

-    [Pierre-François Decourcelle] Plus de 50 je crois ?

-    [Marie Lefebvre] Exactement, plus de 50 entre le 18ème siècle et le 20ème siècle c'est incroyable avec des décors assez fous qui illustrent bien ce côté typique des maisons bourgeoises.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et ces travaux ils ont permis de faire d'autres découvertes ?

-    [Marie Lefebvre] Alors un certain nombre de découvertes très importantes, de décorations, de placards dérobés et de traces de cheminées qui existaient. Des traces de l'ancienne verrière qui était un élément très important dans cette maison et qui était un ouvrage de fer et de verre très lié à la période de Révolution industrielle puisque Charles de Gaulle naît dans un moment où la France traverse cette grande période de révolution industrielle.

-     [Pierre-François Decourcelle] Alors il y a eu, pour arriver à ce résultat, une phase de diagnostic, de recherche. Il y a eu beaucoup de travail en atelier, et un travail peu visible, aujourd'hui où en est-on de ce chantier ?

-     [Marie Lefebvre] Alors on a d'une certaine façon achevé la première partie qui consiste à dénuder un petit peu la maison de ses artifices. On lui a enlevé les peintures récentes, les enduits récents, les planchers pour qu'ils soient effectivement restaurés. C'est ce qui d'ailleurs nous a permis de faire des découvertes. J'oubliais aussi une découverte importante, mais on a fait des découvertes archéologiques de vestiges de faïenceries sous les planchers. Donc c'était très intéressant et aujourd'hui on est plutôt dans la phase 2 de réaménagement du bâtiment, donc de l'immobilier plutôt, donc on commence à reposer les parquets qui ont été rénovés, on commence à remonter les cheminées qui ont été restaurées, dont les marbres ont été restaurés en atelier, on est dans cette phase de reconstruction je dirais.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et ce qui est assez fascinant c'est que les entreprises qui travaillent ici ont un savoir-faire particulier qu'elles ont développé pour travailler comme on le faisait à l’époque.

-    [Marie Lefebvre] Exactement, on a la chance d'avoir sur ce chantier un certain nombre de d’entreprises, mais qui sont des artisans d'art quasiment, puisque on reproduit effectivement des procédés de l'époque notamment pour la verrière pour les planchers et les fenêtres, etc…

-    [Pierre-François Decourcelle] Donc s'il faut retenir de trois étapes du mois de juin, c'est quoi ? Il y a la pose de fenêtres je crois, puis l'emblématique véranda qui va être reconstruite ?

-    [Marie Lefebvre] Exactement, ça, ce sont deux postes importants, donc les fenêtres refaçonnées comme à l'époque avec toute leur quincaillerie et les crémones d’époque, la verrière qui va se monter à partir de la mi-juin qui va retrouver son emplacement d'origine et puis on a aussi un élément important c'est le début des restaurations des peintures d'époque en faux bois et en faux marbre qui vont démarrer d'ici une petite dizaine de jours.

-    [Pierre-François Decourcelle] Donc ça, comment ça va se passer ? Il y a des spécialistes qui vont gratter centimètre par centimètre ?

-    [Marie Lefebvre] Exactement, on a des restaurateurs et des restauratrices qui viennent avec leurs scalpels pour aller enlever les couches récentes de peintures jusqu'à retrouver celles d’origine, et quand elles auront dégagé toutes ces peintures dans certaines pièces, parce qu’on ne fait pas ça dans toutes les pièces puisque les peintures ne sont pas forcément toutes dans le même état, et bien elles mettront donc à jour les peintures anciennes et restaureront les éléments manquants.

-    [Pierre-François Decourcelle] Voilà un travail de minutie qui nécessite beaucoup de patience. Alors évidemment c'est un chantier hors norme, c'est un investissement pour le Département du Nord qui administre cette maison et qui finance ce chantier, mais il est important de signaler aujourd'hui que les Nordistes en général, les français, et puis peut-être tous ceux qui sont attachés à l'histoire et au témoignage du Général de Gaulle, peuvent participer à ces travaux de rénovation. Comment faire ?

-    [Marie Lefebvre] Oui bien sûr il y a une collecte qui a été ouverte par la Fondation Charles de Gaulle qui est propriétaire de la maison (le Département est le gestionnaire) et par la Fondation du patrimoine. Donc sur le site de la Fondation du patrimoine vous pouvez retrouver l'appel à la collecte qui a été lancé en décembre dernier.

-    [Pierre-François Decourcelle] Vous retrouverez toutes les informations pratiques sur le site info.lenord.fr, pour retrouver les manières de participer à cette souscription. Marie Lefebvre vous restez avec nous, on va se retrouver dans trois minutes après un rendez-vous qui deviendra habituel dans « On se dit quoi », un rendez-vous musical pour vous faire découvrir un groupe, un chanteur ou une chanteuse Nordiste. Aujourd'hui nous vous proposons de faire connaissance avec le groupe lillois FFK aux accents funk, soul et rock, tout un programme ! Voici donc l'un de leurs titres pour vous faire une idée : « Funk is what you need »

-    [Pause musicale]

-     [Pierre-François Decourcelle] Voilà pour ce titre « Funk is what you need » des lillois FFK, un groupe dont vous retrouverez les liens et toute l'actualité sur leur page Facebook et puis sur la page du podcast « On se dit quoi ». Marie Lefebvre nous approchons donc de la date du 18 juin, date de ce célèbre appel lancé par le Général de Gaulle à Londres. Comment ce jeune homme qui entre à l'école militaire, à Saint-Cyr en 1909 se retrouve trente ans plus tard au micro de la BBC ? On a du mal à croire à ce parcours.

-    [Marie Lefebvre] Alors c'est effectivement un parcours incroyable, qui est à la fois dans la ligne de ce qu'il a connu dans son enfance et de l'éducation patriotique, très exacerbée presque, qu'il a reçue, mais aussi et surtout ce qui va déterminer son destin c'est les événements qu'il va être amené à vivre. On oublie parfois trop souvent mais Charles de Gaulle est un officier de la Première guerre mondiale, il a certes combattu, mais il a été aussi captif, pendant près de trois ans. 32 mois de captivité, et pendant ses 32 mois de captivité il va nourrir un chagrin, une rancoeur face à cette incapacité pour lui à combattre et il se dira que plus jamais il ne restera passif face à des événements d'une telle importance. Donc ça c'est aussi, ce n'est pas le seul élément qui explique sa prise de position en 40, mais c'est un élément qui sera fondateur pour lui de ne plus être passif.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et justement en 40, pendant cette bataille de France, il s’illustre, alors à l'époque il est colonel mais on a commémoré récemment certains de ses faits d’armes.

-    [Marie Lefebvre] Oui effectivement, il a pris part à la bataille de France, des succès qui sont mitigés parce que les événements et la structure de l'armée française à l'époque ne permettait pas de pouvoir vraiment contrer l'offensive allemande. Ce ne sont pas complètement des échecs, pas complètement des victoires non plus, mais il s'est illustré à Montcornet et à Abbeville. Et là, il a pu montrer aussi tout ce qu'il prônait depuis plusieurs années, c'est à dire l'importance d'avoir un corps de métier blindé pour pouvoir contrer l'avancée et l’offensive allemande, mais ce n'était pas abouti à l'époque et ça ne lui a pas permis et ça n'a pas permis à la France de gagner à ce moment-là la guerre.

-    [Pierre-François Decourcelle] Alors la suite on la connaît, il y a la célèbre opération Dynamo dont on célèbre aussi les 80 ans cette année et puis donc quelques jours plus tard le Général de Gaulle qu'on retrouve à Londres. Que sait-on aujourd'hui des conditions matérielles de cet enregistrement, de cet appel du 18 juin ?

-    [Marie Lefebvre] Alors les choses se sont faites assez rapidement, de façon très précipitée puisque Charles de Gaulle revient à Londres puisqu'il y est déjà depuis quelques jours, le 17 juin seulement. Et Churchill qu'il accepte mais c'est un homme qui est encore assez peu connu et dont la légitimité reste vraiment à asseoir et à prouver lui met à disposition les ondes de la BBC. Donc Charles de Gaulle écrit très rapidement son discours, manuscrit, qu'il fait taper par Elisabeth de Miribel qui s'est portée volontaire pour soutenir l’effort.

-    [Pierre-François Decourcelle] Ces documents, ils existent encore ?

-    [Marie Lefebvre] Le manuscrit existe encore. Après, il passe dans le studio de la BBC, l'appel est très vraisemblablement enregistré mais aujourd'hui il a  complètement disparu. Il n'y a aucun enregistrement de l'appel du 18 juin, celui qu'on connaît aujourd'hui c'est celui du 22 juin qu’il a lancé donc quelques jours plus tard. Voilà, à l'époque on ne se doute pas que ça va marquer l'histoire de France et l'histoire mondiale, donc cet enregistrement n'est pas conservé.

-    [Pierre-François Decourcelle] Alors évidemment aujourd’hui cet appel il est très célèbre, on l'apprend dans tous les livres d’histoire. Est-ce qu'à l'époque beaucoup de gens l'ont entendu, est-ce qu'il a eu cette caisse de résonance qu'on lui connaît aujourd’hui ?

-    [Marie Lefebvre] Le 18 juin il y a très peu de gens et très peu de français qui ont entendu Charles de Gaulle alors il faut s'imaginer que la probabilité pour que les français soient devant leur poste de TSF à telle heure, branchés et sur les ondes de la BBC pour entendre un parfait inconnu - puisque Charles de Gaulle est connu un peu dans le milieu politique, un peu dans le milieu militaire mais il est quasiment inconnu des Français - donc la probabilité est très faible, et puis il faut dire aussi qu'on ne captait pas les ondes de la BBC partout en France. Donc le premier appel - l'appel du 18 juin - est assez peu entendu, mais pour ceux qui l’entendent il y a un vrai écho puisque beaucoup quand même qui l'ont entendu rejoignent le Général à Londres. Mais Charles de Gaulle va lancer après un certain nombre d'appels, on pourrait parler des appels de juin et de juillet 40 pour asseoir ce message qu'il entend marquer.

-    [Pierre-François Decourcelle] Alors cet appel il y a quand même des gens qui l'ont entendu, et parmi les personnes qui l'ont entendu il y a une petite cousine du Général qui vit encore aujourd'hui en région parisienne et que vous êtes allé rencontrer récemment. Elle s'appelle Colette Bosquillon de Jenlis, elle était enfant à l'époque – nous sommes entre les deux guerres - et elle a été très marquée dans le témoignage que vous allez entendre par la stature de celui qu'elle appelle « son oncle Charles » et par la place qu'il occupait dans la famille.

-    [Témoignage de Colette Bosquillon de Jenlis] Toute mon enfance j'ai entendu mon père dire « l'oncle Charles sauvera la France », vous allez dire c'est bizarre mais c’est réel ! Toute mon enfance cet oncle Charles mythique que je ne connaissais pas, que je n'avais pas vu puisqu’il était le parrain de ma sœur. Ma soeur Odile était la filleule de l’oncle Charles, alors moi j’enviais ma sœur Odile puisque son parrain devait sauver la France, et tout à coup alors là pour moi ça a été l’éclair : le jour du 18 juin ! Quand tout à coup on a eu cet appel du 18 juin, quand on en a parlé à la radio, etc… que j'ai entendu ça, j'ai dit « ça y est, l’oncle Charles sauve la France ! » Pour moi ça n'a pas fait l'ombre d'un doute, il sauvait la France.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et voilà nous dit Colette « il sauve la France » c'était donc écrit Marie Lefebvre ?

-    [Marie Lefebvre] Alors oui, on a l'impression que c'était écrit mais c’est un peu plus compliqué  que ça. Mais en tout cas Charles de Gaulle s'est révélé dans son enfance et auprès des siens comme un grand patriote, ce qui était le cas du reste de la famille, mais aussi un personnage très déterminé. Et quand il jouait avec ses cousins enfant il décidait toujours de prendre le commandement des armées françaises. Il n’y avait que lui qui pouvait, il interdisait aux autres de prendre le commandement.

-    [Pierre-François Decourcelle] Ça en dit beaucoup sur le personnage.

-    [Marie Lefebvre] Exactement, et puis on savait très bien qu'il fallait plutôt le laisser gagner, il était assez mauvais perdant. Donc ces petites anecdotes illustrent bien cela. Mais on ne peut pas dire qu'il était complètement prédestiné, c'est quelque chose qui s'est construit aussi, il a 50 ans en 1940, donc il a une carrière, il a l’épreuve de la Première guerre mondiale dont je vous parlais, donc ça s'est construit, mais il y avait des jalons et dans l'esprit familial c'était déjà sans doute un caractère assez particulier et très déterminé.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et ce qu'il a vécu dans son enfance, la période, le début du siècle, ça l'a marqué dans le personnage qu'il va devenir, le personnage politique ?

-    [Marie Lefebvre] C'est sûr que la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle ont été très marquants pour Charles de Gaulle, pour ses frères et soeurs et ses cousins, qui vivent dans cette génération là des éléments et des événements qui sont très importants. On voit la montée des tensions quand on se rapproche des années 1900-1910, la laïcisation de l’Etat. Il est témoin de beaucoup de choses, et il a aussi les récits de son père qui a vécu la guerre de 1870, donc il y a toujours cet esprit un peu revanchard, Charles de Gaulle a été éduqué dans un esprit revanchard dont il y a beaucoup de choses qui ont été, aussi, importantes dans le contexte géopolitique de l'époque.

-    [Pierre-François Decourcelle] C’est à dire que dans son enfance il a vécu les tensions et les défis qu'il aura à régler plus tard lorsqu'il sera en responsabilité ?

-     [Marie Lefebvre] Oui et il a cette conscience, c'est le côté qu'on donne un peu visionnaire à Charles de Gaulle - et à raison - il a cette conscience que les choses ne vont pas se régler en quelques années et par certains traités qui se négocient peu à peu, au fur et à mesure des décennies. Il est conscient qu’on s'oriente vers des conflits qui seront importants. En 1905 alors qu'il a 15 ans, il écrit un récit qui s'appelle « La campagne d'Allemagne » où il imagine que dans les années 30 les allemands vont franchir la frontière franco-allemande par les Vosges, et que lui, sera propulsé à la tête d'une armée qui sauvera la France. Donc il y avait déjà un peu cette mythologie pour lui de sa future carrière d'officier.

-    [Pierre-François Decourcelle] C'est vraiment passionnant cette plongée dans l'enfance de Charles qui va devenir Général, et pour en savoir plus sur cette période charnière, Marie, vous proposez actuellement une exposition itinérante, qu'on pourra on l'espère, retrouver très bientôt. Ça s'appelle « L'enfance d'un chef » justement.

-    [Marie Lefebvre] Exactement. « L'enfance d’un chef » qui se borne à évoquer les 22 premières années de sa vie de 1890 à 1912, quelques temps avant la Première guerre mondiale, et qui revient donc sur tous les éléments un peu fondateurs mais aussi sur le côté plus léger de l'enfance, sur les vacances familiales, sur les retrouvailles entre cousins, et puis son parcours scolaire également.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et pour se tenir informé des prochaines dates de cette exposition, c’est en train de s’affiner avec le déconfinement, rendez-vous sur la page Facebook de la Maison natale Charles de Gaulle. On apprend notamment dans cette exposition, c'est assez fascinant, que jusqu'à la fin de ses jours le Général de Gaulle restera extrêmement attentif à la maison dans laquelle il est né - où nous sommes aujourd'hui - et à ses occupants qui avaient semble-t-il une moralité qui l'inquiétait un petit peu…

-    [Marie Lefebvre] Oui effectivement. Alors il faut s'imaginer que la maison avait quitté le giron familial en 1947. Charles de Gaulle n'est pas revenu faire des réunions de famille après cette date, et la maison avait été vendue à des ressortissants belges qui s'étaient installés en France depuis déjà un certain nombre d'années, et on est retombé il y a quelques années maintenant sur un document de 1964, quand Charles de Gaulle était président, qui est un document de la Préfecture du Nord dans lequel il y a un rapport fait, demandé par Charles de Gaulle, par la présidence de la République, sur la maison de la rue Princesse. Quelles sont les moeurs des occupants, quelles sont les intentions des propriétaires, à savoir s'ils ont envie un jour peut-être de vendre, peut-être pour en faire un musée ou peut-être pour d'autres perspectives… tout ça laisse à penser que Charles de Gaulle, qui a diligenté cette enquête à la Préfecture du Nord, s'intéressait de très près et peut-être envisageait soit de racheter sa maison, soit d'en faire un lieu un peu symbolique.

-    [Pierre-François Decourcelle] Voilà, et lui rendre aujourd'hui son aspect originel, j'imagine que c'est aussi dans la lignée de cet attachement qu'il portait à cette maison ?

-    [Marie Lefebvre] Exactement, tout à fait, retourner aux sources et aux origines de cette maison qui l'a vu naître.

-    [Pierre-François Decourcelle] Merci beaucoup Marie Lefebvre de nous avoir accompagnés aujourd'hui. Avant de nous quitter je vous propose de passer en revue l'agenda des semaines à venir dans le Nord.

-    Bonjour Perrine Delporte !

-    [Perrine Delporte] Bonjour !

-    [Pierre-François Decourcelle] Bonne nouvelle Perrine, une partie de nos musées ont rouvert au public récemment.

-    [Perrine Delporte] Oui avec quelques nouveautés liées au contexte sanitaire, il faudra absolument réserver et y porter un masque mais les conditions de visites seront optimales, un peu en mode VIP. Direction donc le Forum antique de Bavay où l'exposition « Briqu’Antique, les Romains en Lego » ravira les familles jusqu'au 25 août. Le musée de Flandre prolonge l'exposition « Sacrée architecture », une plongée étonnante dans les intérieurs d'églises jusqu'au 30 août. On joue également les prolongations au MusVerre de Sars-Poteries avec notamment la très belle exposition « Moi(s) » avec un S entre parenthèses qui explore avec du verre, mais pas seulement, nos rapports à nous-mêmes et aux autres. Le musée Matisse a également rouvert et met la dernière main à sa prochaine expo « Tout va bien Monsieur Matisse », une interprétation contemporaine de l'oeuvre du maître de la couleur. Toutes les infos sont à retrouver dans l'agenda de Nord Info sur info.lenord.fr

-    [Pierre-François Decourcelle] Et puis Perrine, après ses 55 jours de confinement qui ont parfois été éprouvants, on en profite aussi pour prendre l'air.

-    [Perrine Delporte] Effectivement Pierre-François, de très nombreux Espaces naturels du Nord ont rouvert à la promenade, comme le site minier de Chabaud-Latour, le Lac bleu dans les Flandres, les dunes du littoral, ou encore le parc de l'abbaye de Liessies dans l'Avesnois. Les visiteurs pour la promenade ou les activités sportives sont invités à y respecter les mesures en vigueur, notamment concernant la limitation du nombre de visiteurs par groupe, ou l'interdiction d'arrêt prolongé. Vous retrouverez toutes les infos pratiques sur Nord Info, ainsi que la liste des rendez-vous nature qui ont repris au début du mois. L'occasion de prendre l'air, de se dégourdir les jambes et d'en apprendre beaucoup avec un guide sur la richesse souvent insoupçonnée de la nature qui nous entoure.

-    [Pierre-François Decourcelle] Merci Perrine Delporte. Marie Lefebvre, pour compléter cet agenda est ce qu'il y a des rendez-vous à venir avec le public pour la Maison natale malgré les travaux ?

-    [Marie Lefebvre] Alors, on verra avec les itinérances de l'exposition, mais l'exposition devrait tourner dans des bibliothèques dans des municipalités d'ici la fin de l'année, donc ce sera aussi une occasion pour le public de rester un peu attaché à la Maison natale, et puis il y a un événement pour nous qui est important puisque nous travaillons avec la Villa Marguerite Yourcenar, residence d'écrivain et aussi Equipement culturel du Département à Saint-Jans-Cappel, c’est une après-midi littéraire consacrée à Charles de Gaulle au mois d'octobre, le dimanche 4 octobre après-midi donc, à la Villa Marguerite Yourcenar, et on aura donc l'occasion d'entendre à la fois des textes que Charles de Gaulle a écrit et les auteurs qui l'ont inspiré.

-    [Pierre-François Decourcelle] Et puis évidemment il y a la date du mois de novembre pour l'inauguration, et puis sans doute la réouverture au public, c'est encore à préciser.

-    [Marie Lefebvre] Exactement, voilà en tout cas on célébrera le 130ème anniversaire de la naissance de Charles de Gaulle avec une maison rénovée, si pas d'autres problèmes d'ici là pour impacter le calendrier.

-    [Pierre-François Decourcelle] Merci beaucoup Marie Lefebvre, merci encore pour votre accueil ici au sein de la Maison natale Charles de Gaulle à Lille. On a été très heureux de passer ce moment avec vous pour ce premier numéro du podcast départemental « On se dit quoi », vous retrouverez bien sûr toutes les informations pratiques sur le site info.lenord.fr. Passez un très bel été !

-    [Musique]

-    [Pierre-François Decourcelle] « On se dit quoi » retrouvez les précédents épisodes sur info.lenord.fr

-    [Musique]

Pour aller plus loin