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11 juin 2020

L’Appel du 18 juin : dans les coulisses d’un moment radiophonique

À l’occasion du 80e anniversaire de l’Appel du 18 juin, nous vous proposons un retour sur les coulisses de ce moment historique, à travers le témoignage de la secrétaire du Général et du manuscrit original.

Elisabeth de Miribel est née le 19 août 1914 dans la Meuse. Lorsque la guerre éclate, elle n’hésite pas à s’engager dans la résistance et rejoint Londres le 13 juin 1940. Elle deviendra ensuite la secrétaire du général de Gaulle et c’est elle qui sera donc chargée de taper l’Appel du 18 juin.

Dans son ouvrage "La liberté souffre violence" (1981), elle revient sur ce jour de juin 1940 lorsqu’elle a dactylographié l’appel : Dans l’après-midi du 17 juin 1940, le coup de téléphone que j’espérais secrètement m’a convoqué pour le lendemain matin à Seymour place, dans un petit appartement (…). Je me suis retrouvée devant une machine à écrire, alors que je tapais fort mal, et devant des feuilles manuscrites très difficiles à déchiffrer. J’étais installée dans une chambre, à côté de la salle à manger. Le Général s’est absenté une partie de la matinée. Il est sorti pour déjeuner.

Ces mots vont constituer une page d’histoire. Je ne le sais pas encore. Pourtant j’ai l’obscur pressentiment de participer à un événement exceptionnel.

Elisabeth de Miribel, secrétaire du général de Gaulle
La machine à écrire qui a servi à taper l'Appel du 18 juin.
La machine à écrire a été offerte par Elisabeth de Miribel à la Fondation Charles de Gaulle. Elle est désormais exposée dans le bureau du Général à l’ancien siège du Rassemblement du Peuple Français (RPF) situé à Paris au 5 rue de Solférino.

Mon vrai travail a commencé vers trois heures. Je m’applique laborieusement à lire un texte finement écrit et surchargé de ratures. Je dois le recopier, au propre, à la machine. Pour gagner du temps, Geoffroy de Courcel (ndlr : l’aide de camp du Général de Gaulle) m’en dicte des passages. Il emporte, au fur et à mesure, les feuillets dactylographiés pour les soumettre au Général (…). Ces mots vont constituer une page d’histoire. Je ne le sais pas encore. Pourtant j’ai l’obscur pressentiment de participer à un événement exceptionnel. (…) L’heure passe. Le temps presse. Il sera bientôt six heures du soir. Ma tâche est terminée. Le Général fait appeler un taxi pour se rendre la BBC avec Courcel. Ils me déposent en chemin devant ma porte (…). Je monte préparer le dîner. Pendant ce temps, des paroles irrévocables s’envolent vers la France. Je n’ai pas entendu l’appel ce soir-là !, conclut Elisabeth de Miribel. Son rôle n’a pas souvent été mis en lumière. Elle est pourtant un des rares témoins de ce moment historique pour la France.

Le manuscrit, seule trace authentique

L’appel du 18 juin 1940 n’a pas été filmé et aucun d’enregistrement n’a été retrouvé. Seules subsistent les quatre feuillets du manuscrit. Ils sont propriétés de l’amiral Philippe de Gaulle qui en hérita de sa mère Yvonne de Gaulle en septembre 1978.

En marge du dernier feuillet, le général de Gaulle rajoutera par la suite une mention d’authenticité : Manuscrit authentique de mon appel du 18 juin 1940.

Une page du manuscrit de l’Appel du 18 juin authentifiée.
La quatrième page du manuscrit de l’Appel du 18 juin avec authentification de la main du général de Gaulle 

Le manuscrit est accompagné d’une carte d’authentification signée d’Yvonne de Gaulle avec les indications suivantes : Manuscrit de l’Appel du 18 juin (qui est à la B. de F. à Chaumont). Ce manuscrit m’a été remis par le Général, à Londres, le 19 juin 1940. Il m’a dit – conservez précieusement ces manuscrits, si je réussis, ils feront partie du patrimoine de nos enfants. Le Général écrivait alors avec un porte-plume - mais par la suite, à ma demande, il a authentifié le manuscrit en écrivant avec son porte-plume réservoir.

Crédits photo : Est Républicain (machine à écrire) - Bridgeman images (manuscrits de l'Appel du 18 juin et carte d'Yvonne de Gaulle)

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