CULTURE | MÉTROPOLE
28 septembre 2022

À Lille, Patricia Zygomalas se laisse guider par la matière

Meilleure Ouvrier de France en mosaïque d'art, l'artiste lilloise nous a ouvert les portes de son atelier. Rencontre.

Est-ce vraiment un hasard ? Dès qu'on pousse la porte de la maison de Patrica Zygomalas, dans le quartier de Wazemmes, on foule un splendide carrelage qui évoque l'activité de l'artiste. Mais ce n'est pas moi qui l'ai fait, précise-telle d'emblée dans un sourire.

Pour découvrir ses œuvres, il faut gravir un magnifique escalier en bois. On y croise la fusée de mosaïque multicolore qui a valu à l'artiste son titre de Meilleur Ouvrier de France, puis des œuvres posées ou accrochées ça et là. Et juste avant d'entrer dans l'atelier, dans un recoin sur le parquet, une grosse araignée et une énorme fourmi. La maison a beau être ancienne, on ne s'attendait pas à ça.

Avec leurs pattes en aluminium et leurs corps en polystyrène habillés de mosaïque, les drôles de bestioles sont pourtant bien inoffensives. J'ai eu envie de créer des animaux qui ont un capital sympathie pas trop important afin de provoquer l'inconfort, s'amuse l'artiste. Ce sont les sculptures d'araignées de Louise Bourgeois qui m'ont inspirées. Avant de poser la mosaïque, j'ai d'ailleurs fait un gros travail de structure et de préparation.

De la mosaïque romaine au street art

Avant d'en arriver là, Patricia Zygomalas a parcouru du chemin. Elle a commencé par entreprendre une licence d'économie pour comprendre le monde  et parce qu'elle ne pensait pas pouvoir vivre de sa passion artistique. Autant dire que son papa ne l'encourageait pas vraiment non plus dans cette voie : il était marbrier mais avec les études que j'ai faites, il n'était pas enchanté à l'idée de me voir exercer un travail manuel, se souvient-elle.

En 1995, poussée par son mari à faire ce qu'elle aime vraiment, Patricia Zygomalas se lance pourtant. Quand j'ai démarré, j'étais fascinée par la mosaïque romaine. Puis on évolue, et de toutes façons, j'aurais du mal à faire toujours la même chose, explique-t-elle.

L'artiste fait de la décoration, de l'art et de la restauration. Elle utilise des supports variés (miroirs, sols, murs), travaille peu la couleur et aime beaucoup mélanger le brut (pierre non travaillée) et l'or. Mais sa source d'inspiration est invariable. C'est la matière qui me guide. Chaque chantier est une série de questions pour savoir quel matériau ou quel type de colle utiliser. En mosaïque, on peut avoir plein d'idées mais comme le travail est long, ça peut beaucoup évoluer entre le début et la fin. 

L'avantage de la mosaïque, c'est qu'on ne cherche pas la perfection. J'aime quand on perçoit la main de l'artiste dans une oeuvre. Si ça devait être comme de la découpe laser, ça n'aurait aucun intérêt !

Patricia Zygomalas

Dans son atelier, Patricia Zygomalas travaille seule, avec pour unique compagnie celle de centaines de petits carreaux de mosaïques soigneusement rangés par couleur dans un meuble en bois. Mais elle aime aussi partager son art, y compris avec des publics qui n'y connaissent rien. Je donne parfois des cours dans les centres sociaux ou pour les Petits frères des pauvres. Cela me permet de voir mon travail différemment car les personnes qui n'ont aucune référence en mosaïque me font essayer des choses que je n'aurais pas forcément tenté.

L'artiste organise aussi des sessions de cours dans son atelier. Pour créer du lien avec les habitants, elle pratique également le street art et le flacking, cet art qui consiste à reboucher les trous dans le macadam avec de la mosaïque. Sans le savoir, il se pourrait donc bien que vous ayez déjà piétiné l'une de ses œuvres !

Venez rencontrer Patricia Zygomalas

À l'occasion des Portes ouvertes des ateliers d'artistes, Patricia Zygomalas vous attend pour vous faire découvrir son travail au 2 rue Chevreul à Lille :
- le samedi 8 octobre de 10h à 12h et de 14h à 18h
- le dimanche 9 octobre de 10h à 12h et de 14h à 18h
Retrouvez toute la programmation des Portes ouvertes des ateliers d'artistes sur poaa.lenord.fr

Crédits photo : C. Arnould

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