Environnement | Valenciennois
29 janvier 2026

Sur la piste du castor à Chabaud-Latour

Progressivement disparu de nos contrées au 19e siècle, le castor européen fait son retour dans le Nord depuis environ cinq ans. Destination l'espace naturel de Chabaud-Latour, où nos gardes départementaux réalisent un inventaire de cet "ingénieur des écosystèmes", désormais protégé.

Ce matin-là, l'étang de Chabaud-Latour, au cœur du parc naturel régional Scarpe-Escaut, reflète une douce lumière hivernale. Cet espace de 450 hectares, dont 250 gérés directement par le Département, abrite une biodiversité exceptionnelle. Grâce à l'alternance de milieux secs et humides, et à la présence d'une roselière de 11 hectares, il est le refuge de plus de 230 espèces d’oiseaux comme le butor étoilé, le blongios nain ou la fauvette des marais, sans compter les oiseaux migrateurs (passereaux, balbuzards, faucons, etc.). 

Depuis quelques années, il semble également très apprécié par une espèce qui a frôlé l'extinction au début du 20e siècle : le castor fiber, ou castor d'Europe. C'est un mammifère semi-aquatique qui a besoin d'eau pour vivre. Il a longtemps été chassé pour sa fourrure, sa viande et pour le castoreum : une substance issue de ses sécrétions anales utilisée en parfumerie, précise Fabien Veyssier, garde départemental de la brigade Valenciennes-Cambrai. Protégé sur l'ensemble du territoire national depuis 1968, il recolonise peu à peu nos cours d'eau, comme en témoignent plusieurs indices de présence. 

Suivre l'évolution de l'espèce : le réseau castor

Notre rongeur est un herbivore et un lignivore, qui se nourrit de tiges, de feuilles, de plantes aquatiques et d'écorces de bois. Il utilise la totalité de l'arbre et sa technique de recépage permet de créer de jeunes pousses. Chez nous il ne mange quasiment que du saule. La taille "en crayon" du tronc ou d'une branche est caractéristique de sa présence , détaille Fabien Veyssier.  Animal crépusculaire et nocturne, il vit sur un petit territoire (de un à trois kilomètres linéaires), défini par la nourriture disponible. Il construit ses abris soit dans la berge (terriers), soit à cheval entre la berge et l’eau (terriers-huttes). Lorsque le creusement de la berge est totalement impossible, la construction se fait directement sur l’eau, grâce à l’apport de branchages assemblés entre eux avec de la boue (huttes). 

  • 1/7 - De gauche à droite : Fabien Veyssier, Hugo Petit et Benjamin Mathis
  • 2/7 - Taille en crayon d'une branche de saule, caractéristique de la présence du castor
  • 3/7
  • 4/7 - Pose d'un piège photo
  • 5/7 - Restes de bois consommé
  • 6/7 - L'équipe au complet pour le grand inventaire
  • 7/7

Pour découvrir ces indices, Fabien et ses collègues - Hugo Petit et Benjamin Mathis - parcourent toutes les zones humides de l'espace naturel. Nous repérons le bois consommé, des empreintes, des restes de repas, des excréments, la présence de terriers ou de barrages. Le castor les construit pour maintenir le niveau de l’eau constant, afin que l’entrée de son abri soit toujours immergée, explique Hugo Petit. Point important : ne sont récoltés que les indices frais de l'année. La période d'inventaire a toujours lieu en hiver, car l'absence de végétation et de feuilles dans les arbres rend la prospection plus facile, complète le garde.  

Une fois relevées, les données sont rigoureusement reportées dans un tableau et restituées au niveau régional puis national, auprès de l'Office Français de la Biodiversité. Le Département du Nord est membre du "réseau castor", destiné à mieux connaître et à protéger ce rongeur. Cet hiver, nous avons réalisé un inventaire exceptionnel sur une semaine, en lien avec les équipes du Parc naturel régional Scarpe-Escaut,  poursuit Fabien Veyssier. Grâce à cette enquête de terrain, l'équipe est en capacité d'affirmer la présence d'au moins trois noyaux de population de castors (un noyau pouvant compter un seul individu ou une famille) sur les espaces naturels du Valenciennois. La pose de pièges photos permettra de confirmer ces suppositions. 

Nuisible, le castor ?

Autre facteur qui a causé la disparition de notre castor d'Europe : la méconnaissance de cette espèce et de ses habitudes. On lui reproche souvent de provoquer des dégâts dans les cultures ou des inondations avec ses barrages. Pourtant, ses constructions sont souvent modestes et adaptées à ses besoins de déplacement , rectifie Benjamin Mathis. Monogame, il élève jusqu'à trois petits par an et préfère vivre dans un terrier discret, caché aux bordures des cours d'eau. Un comportement bien différent de son cousin américain, qui vit le jour et réalise des constructions plus volumineuses.

Capable de modifier son environnement, le castor fiber est même un véritable architecte, un "ingénieur des écosystèmes" précieux pour la biodiversité. En construisant de petits barrages, il crée des milieux humides et donc des habitats pour de nombreuses autres espèces. Dans certains cas, les retenues d’eau issues de ses barrages limitent la baisse de niveau des petits cours d’eau en période de sécheresse. Ces bassins contribuent aussi à réduire l’érosion des sols et à retenir les sédiments qui absorbent et filtrent les polluants, développe Fabien Veyssier.

Dans la recherche d'un équilibre avec la nature, le castor, qui ne cherche ni à rendre service à l'homme, ni à lui nuire, a toute sa place dans nos espaces naturels.

Carte d'identité du castor fiber

Poids : 17 à 31 kg
Taille : 110 à 140 cm
Longévité : 10 à 15 ans
Caractéristiques : pelage brun très dense avec deux épaisseurs, incisives solides et coupantes

Crédits photo : Laura Fleuet ; Thierry Tancrez ; Philippe Houzé

  • Patrick VALOIS
    Conseiller départemental - Vice-président en charge de la Ruralité et de l'environnement

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