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28 juin 2024

Jardiner en s'adaptant aux aléas climatiques : les bons conseils de Vincent Rosiers

Vincent Rosiers est horticulteur et co-propriétaire des pépinières de Landas. Son entreprise a été choisie pour végétaliser le village olympique de Paris 2024. Il vous livre ses bons conseils pour réussir vos plantations malgré les aléas climatiques.

Trop de pluie ou pas assez… comment optimiser ses chances de réussir ses plantations ?

Vincent Rosiers : Avant tout, il faut planter à la bonne saison ! Quand le jardinier n'a plus envie d'aller dans son jardin, c'est le moment où les vivaces demandent à être replantées. Il faut se souvenir de nos anciens : pour eux, il était inconcevable de planter quoi que ce soit avant la Sainte-Catherine (25 novembre) ! En plantant vos vivaces à la saison fraîche, leur enracinement n'en sera que meilleur. Et l'été suivant, elles seront beaucoup plus belles et résistantes aux caprices de la météo.

Concrètement, on conseille de repiquer les vivaces d'octobre à décembre, puis de nouveau en février-mars. Les jeunes sujets ne craignent pas de passer l'hiver en pleine terre. Ici nous cultivons tout en extérieur, alors qu'elles soient chez vous, ou chez nous, c'est pareil. 

Pour les annuelles, c'est différent. On cultive moins de variétés qu'avant pour mieux s'adapter au climat. Mais a contrario, on peut désormais cultiver certaines espèces qui ne se seraient pas adaptées à une autre époque. Le tout, c'est de les planter après les périodes de gel. Avant on attendait les Saints de Glace, mais ce n'est plus vraiment parlant… Il faut simplement attendre une hausse durable des températures.

Quelles plantes privilégier dans nos jardins du Nord ?

V.R. : Il faut se poser la question dans l'autre sens : "Qu'est-ce qu'on ne peut pas planter dans le Nord ?". Selon moi, un olivier, un citronnier ou un bougainvillier n'ont rien à faire en pleine terre chez nous. À la rigueur en pot sur la terrasse, pour pouvoir les abriter en hiver, mais pas autrement. Un hiver et un printemps très pluvieux comme ceux qu'on vient d'avoir mettent forcément à l'épreuve ces variétés méditerranéennes. Si à l'avenir, on s'en va vers une sécheresse durable, on en reparlera, mais c'est trop tôt pour le dire.

Ici, on a la chance de pouvoir planter encore beaucoup de variétés. Ce que je recommande toujours, c'est de demander conseil aux spécialistes. Dans les pépinières, nous sommes formés et nous sommes là pour aider au mieux les jardiniers à faire leur choix. Nous ne sommes pas juste des vendeurs : personnellement, j'adore mon métier et j'adore en parler !

Quels sont les bonnes pratiques à adopter quand on replante de jeunes pousses ?

V.R. : Déjà, on recommande d'acheter des vivaces en pots biodégradables. Chez nous, par exemple, ils sont en fibre de bois et tourbe compressée. Ils permettent aux plantes d'avoir un système racinaire plus important, et celles-ci s'adaptent mieux en pleine terre. Au moment de les replanter, pas besoin d'enlever le pot : il faut juste déposer le tout dans son nouvel emplacement, puis recouvrir de terreau. Ça facilite aussi la manipulation. 

On recommande aussi de mettre un peu de terreau frais de bonne qualité au moment de la plantation. Pas besoin d'en avoir cinquante différents, ici on en propose seulement deux : un pour les plantes d'extérieur qui draine bien l'eau, et un pour celles d'intérieur, qui retient un peu plus l'eau et permet d'espacer les arrosages.

Mais attention, le terreau reste un support de culture, au bout d'un certain temps il s'appauvrit et il faut apporter un engrais. Il peut être organique, comme du fumier de bovin, des algues marines ou du lombricompost, mais aussi de synthèse (écologique) comme les engrais liquides. Le tout, c'est de ramener de la vie dans le sol, et c'est valable en permanence. Les humains ont besoin de manger, les végétaux aussi !

Comment éviter les mauvaises herbes dans nos massifs ?

V.R. : La nature a horreur du vide. Même si ça se représente un coût, je conseille toujours de planter densément. Pour les vivaces, comptez 5 à 6 plants au mètre carré. Pour des annuelles au développement rapide, 2 ou 3 par m2 suffiront. Et encore une fois, plantées à la bonne saison, les plantes se développeront beaucoup mieux. Ensuite, il faut travailler le sol deux fois par an si on peut, et mettre du paillage.

Et pour le gazon ?

V.R. : Avec le changement climatique, il faut faire le deuil de la pelouse "green de golf". Aujourd'hui les semences sont composées de mélanges, y compris du trèfle car il résiste mieux à la sécheresse et aux caprices de la météo. Quand on regarde le résultat de loin, la pelouse est bien verte et plus uniforme. C'est ce qui se fait désormais, même dans les cimetières on abandonne les cailloux au profit de parterres engazonnés et végétalisés. Il faut accepter que la nature reprenne un peu ses droits !

Un petit conseil pour lutter contre les limaces qui nous envahissent cette année ?

V.R. : Cette année est exceptionnelle, on n'a pas eu de véritable hiver, et les conditions climatiques leur ont permis de se reproduire à tout va. Les plantes sont en retard, normalement elles devraient être deux ou trois fois plus grande à cette période, forcément, c'est plus facile pour les limaces de dévorer des petites pousses que de très grandes tiges.

En règle générale, pour lutter contre elles, il faut privilégier les méthodes alternatives : couvrir le sol avec du paillage de chanvre, des cosses de cacao, quelque chose d'assez fin... Et aussi, planter des plantes qu'elles adorent près de celles qui vous souhaitez sauver : en sacrifiant les unes, vous sauverez les autres. Enfin, si elles sont toujours là, opter pour une demi bouteille en plastique que vous enfoncez dans la terre, avec un peu de bière dedans. Elles adorent ça et tomberont dans le piège.

Les Pépinières de Landas ont également été choisies pour fleurir le village olympique. Lisez l'article pour en savoir plus !

Crédits photo : Cédric Arnould

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