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22 mars 2021

Changement climatique : ce qui attend le Nord si rien n'est fait

De nouvelles données météorologiques permettent de dresser le tableau du climat sur la planète, et notamment dans le Nord, à l'horizon 2100. On fait le point avec deux prévisionnistes de Météo France.

Les températures grimpent, les inondations augmentent, la sécheresse est plus fréquente, est-ce si grave ? Deux prévisionnistes de Météo France nous expliquent en quoi les changements climatiques ont des conséquences irréversibles, même dans le Nord, grâce à de nouveaux outils qui permettent de faire des projections sur 50 ou 100 ans.

Alain Moreau et Dominique Poissonnier sont prévisionnistes chez Météo France. Ils savent prédire le temps qu'il va faire dans les 3-4 prochains jours, mais surtout, ils sont très au fait, du dérèglement climatique et de ses conséquences.

Le changement climatique, est-ce un mythe ou une réalité ?

Alain Moreau : Nous sommes en plein dedans... Le climat a déjà changé ! Le climat que nos parents et grands-parents ont connu n’existe plus. Nous vivons déjà dans un nouveau climat qui se réchauffe à cause des émissions de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle.

Faut-il parler de changement ou de dérèglement climatique ?

Dominique Poissonnier : Je parlerai même de crise climatique ! Le changement et le dérèglement climatiques sont avérés. L'augmentation des températures a déjà créé des points de rupture avec des conséquences irréversibles. Il y aura des régions où cette crise sera plus grave que pour d’autres, notamment dans l'hémisphère sud. Mais ce qui est certain, c'est que tout le système mondial sera déséquilibré avec des flux massifs de population quittant des pays qui ne seront plus vivables.

Aujourd'hui, quel est le constat ?

Alain Moreau : Pour les 20 ans qui viennent le changement climatique est inéluctable. Si nous continuons à fonctionner avec des énergies fossiles, nous partons sur une situation non maîtrisable. Nous sommes déjà sur une augmentation moyenne des températures de +1°. Avec l’inertie du système, nous arriverons certainement à +1,5° dans 25 ans.

Une augmentation des températures de +1,5°, est-ce si dramatique ?

Dominique Poissonnier : Oui bien-sûr ! D’après le rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), chaque demi-degré compte ! Chaque augmentation de température crée des points de rupture, avec des conséquences irréversibles sur la planète et la biodiversité. Avec +1,5° d'augmentation, les scientifiques pensent que le Groenland est fichu, que le Gulf Stream qui régule les températures du globe disparaîtra et que la forêt amazonienne, poumon de la planète, court elle aussi à sa perte.

Si on se projette avec +5 degrés dans notre Département, c’est la disparition complète des arbres que l’on connaît et des paysages que l’on connaît. C'est un autre monde.

Alain Moreau, prévisionniste chez Météo France

Et dans le Nord, que constate-t-on ?

Alain Moreau : 19° en plein mois de février cette année, ce sont des températures que l'on ne voyait pas il y a 30 ou 50 ans... Ce 19° égalise record d'il y a 2 ans seulement. Les hivers commencent plus tard et s’arrêtent plus tôt. Dépasser les 15° en hiver, c’était rare avant, aujourd’hui cela devient fréquent. Et sur 3 étés d'affilés (2018, 2019 et 2020), nous avons battu 3 fois le record de 2003 qui était de 36,6°. La canicule de 2019 a même révélé des 41,5° à Lille, un record pulvérisé de +4°... Un tel évènement a une durée de retour de 1 000 ans, c'est -à-dire que sa probabilité de revenir n'est que d'une chance sur mille... Et pourtant ! Sans les émissions de gaz à effet de serre, cette canicule aurait été impossible. Il est très probable que désormais tous les ans, nous connaissions un épisode de canicule.

A quoi faut-il s'attendre dans les prochaines années ?

Dominique Poissonnier : Il est fort probable que l'on connaisse des coups de froid plus fréquents, ce que l’on appelle des Moscou-Paris : un vent de nord-est qui apporte avec lui des descentes à -7°, -8°. En parallèle, les bouffées d’air chaud remonteront plus souvent et les averses seront plus fréquentes. On estime qu’à la fin du siècle, les épisodes de canicules pourraient être de 30 jours chaque année dans l’Avesnois et de 55 jours dans le Dunkerquois...

Quelles conséquences pour l'agriculture ?

Alain Moreau : Le climat est déjà plus rude pour les agriculteurs du Nord qui se trouvent à la fin de l'été avec des rendements en baisse à cause de la sécheresse. Avec des étés plus secs et des hivers plus humides bref, des modifications qui ne sont pas forcément bénéfiques aux cultures actuelles, les rendements vont baisser et il faudra s'adapter, changer de semence par exemple.

La sécheresse dans le Nord c'est possible ?

Dominique Poissonnier : Complètement ! Quelque soit le scénario, il y aura plus de précipitations en hiver et moins en été, ce sera la double peine : une sécheresse latente combinée à des inondations chroniques. La ressource en eau est déjà un gros problème. Nous utilisons au quotidien plus d’eau que nous n'en disposons. Les premières conséquences du réchauffement climatique arrivent : des zones humides sont asséchées et des essences pourtant locales comme les vergers ont parfois du mal à survivre... Sans oublier les feux de forêt qui étaient auparavant cantonnés au sud et qui désormais sont de plus en plus fréquents ici.

Et sur le littoral, à quoi faut-il s'attendre ?

Alain Moreau : Une augmentation du niveau de la mer d'un mètre est tout à fait envisageable pour la fin du siècle sur l'ensemble du globe mais aussi dans le détroit du Pas-de-calais. Des épisodes fréquents de tempêtes pourraient faire des dégâts sur nos villes côtières. Et il faut le dire, le littoral dunkerquois est soumis à un vrai risque de submersion marine, tout comme les wateringues d'ailleurs, que l'on suit déjà de près avec le risque d'inondations continentales.

Quels sont nos moyens d'actions ?

Dominique Poissonnier : Nous avons déjà mis le système en déséquilibre. Il faut donc une action efficace et brutale. Pour que la situation n'empire pas, il faut changer profondément nos habitudes de vie : baisser de 80% nos consommations d’énergie, consommer beaucoup moins et surtout localement, voyager localement… Individuellement, nous avons la moitié du chemin à faire et les pouvoirs publics ont l’autre moitié.

Les outils de simulation de Météo France

Pour le grand public : Climat HD, qui synthétise les derniers travaux des climatologues de Météo France pour proposer une vision de l'évolution du climat au plan national et régional.
Pour les professionnels : DRIAS Les futurs du climat, une plateforme du Ministère de la transition écologique qui permet la simulation de 30 scénarios différents de changements climatiques, sur tous les départements, à partir des émissions de gaz, des températures, des précipitations, du vent, de l'humidité.

Les 10 engagements du Département pour un Nord Durable

Initiée en 2019, la politique de transition écologique et solidaire Nord durable place la lutte contre le changement climatique, la préservation des écosystèmes et la promotion de modes de vies durables et solidaires au centre de l’action du Département du Nord.

  • Faire des collèges les démonstrateurs de la transition
  • Lutter contre les passoires énergétiques sur le territoire
  • Renforcer les politiques en faveur de la biodiversité et des puits de carbone
  • Favoriser la production alimentaire de proximité, de saison et de qualité
  • Mobiliser les habitants pour les rendre plus solidaires entre eux
  • Mobiliser les tiers-lieux dédiés à l'économie solidaire comme vecteur d'insertion
  • Favoriser les mobilités innovantes en milieu rural
  • Accompagner les acteurs du territoire pour mettre en place le zéro artificialisation nette
  • Aligner les subventions avec les objectifs de transition
  • Mettre en place un approvisionnement durable dans tous les restaurants collectifs d'ici 2025

Crédits photo : Philippe Houze / Cédric Arnould

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