Handicap, Santé | Flandre maritime
18 mars 2026
Adrien Lecointe : "je veux faire changer les regards sur le handicap"
Adrien Lecointe est porteur de trisomie 21. À 30 ans, il a déjà un parcours bien rempli. Engagé et solidaire, il s'est formé pour aider les autres et sensibiliser les professionnels aux besoins des personnes en situation de handicap, notamment en matière de santé. Un investissement qui l'a conduit à intervenir… à l'ONU !
Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Adrien Lecointe : Je m’appelle Adrien Lecointe, j’ai 30 ans. Je suis un auto-représentant et un pair-aidant santé.
J’ai été à l’école en milieu ordinaire, en CLIS (Classe pour l'inclusion scolaire) à Gravelines et en ULIS (Unité pour l'inclusion scolaire) à Hazebrouck. J’ai fait beaucoup de stages en secrétariat. En 2015, j’ai eu mon CFG (Certificat de formation générale). J’ai fait un service civique au collège de Gravelines en 2017. J’ai travaillé en secrétariat pendant un an en maison de quartier. Je fais partie du SAVS (Service d'accompagnement à la vie sociale) de Dunkerque, qui m’accompagne. On fait des réunions du projet "Ex’prime toi". C’est pour se rencontrer et rencontrer d’autres personnes pour parler de sujets qui nous intéressent.
J’ai appris à parler en public en séminaire avec Trisomie 21 France. En 2021, j’ai reçu mon diplôme DESHMA. C'est une formation en duo entre un enseignant et une personne en situation de handicap mental pour faire des cours devant les étudiants. Je suis un formateur occasionnel. Je fais des présentations aux étudiants à l’IRTS (Institut régional du travail social) et l’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers), dans les collèges et en médico-social.
En 2019, j’ai fait un discours à la conférence de la fondation ADREA (aujourd'hui AESIO) à Paris pour Trisomie 21 France. En 2020, je suis intervenu à la Conférence Internationale de l’ONU (Organisation des nations unies) de Genève pour la journée mondiale de la trisomie 21 et expliquer mon parcours.
Vous êtes engagé dans de nombreux projets. Pouvez-vous nous expliquer lesquels ?
A. L. : Je fais partie du projet Ma santé, ça me regarde avec les Papillons Blancs de Dunkerque. C’est pour parler de la santé et du handicap. C’est pour être pair-aidant, ça veut dire aider les autres personnes en situation de handicap. Dire qu’il faut prendre soin de sa santé et aller chez le docteur. On fait des webinaires, des permanences dans les cliniques et les hôpitaux. On tient des stands et on fait des forums. J’explique la trisomie et nos besoins aux docteurs et aux professionnels de santé. Je suis aussi ambassadeur du projet Santé BD de l'association Co actis santé. C'est pour parler du "mieux manger".
Enfin je participe au groupe "Faire Entendre Sa Voix" de Trisomie 21 France. C’est pour expliquer ce que l’on sait faire. Dire que l’on peut travailler en milieu ordinaire.
Qu'est-ce qu'un "intervenant-pair" ?
A.L. : Un intervenant-pair c'est une personne qui utilise son expérience pour aider les autres, donner des conseils et dire que c’est possible. Il parle aussi aux professionnels. J'ai fait la formation Intervention par les pairs Hauts-de-France avec La boîte commune et le CREAI (Centre régional d’études, d’actions et d’informations Hauts de France). Il y a 5 jours de formation, c'est gratuit. Pendant la formation, on a fait connaissance avec d'autres personnes qui ont d'autres handicaps. On a parlé de nos compétences, de nos savoirs expérientiels et de nos projets.
Pourquoi est-ce important pour vous de prendre la parole ?
A. L. : C'est important d'expliquer pour changer les regards sur le handicap. Je veux dire qu’il faut nous aider, mais pas faire à notre place. C'est ça être un auto-représentant.
En mars 2024, j’ai fait un discours à la Conférence Internationale de l’ONU à New-York, pour parler de l’équité en santé. Dans mon discours j’ai demandé un accès plus facile à "Mon Espace Santé". J'ai aussi expliqué à l’ARS (Agence régionale de santé) et aux docteurs pourquoi c’est difficile d'y accéder. On a fait une affiche avec un lien pour mettre dans les salles d’attente et sensibiliser les gens. L'ARS a pris en compte mes remarques dans sa feuille de route sur le numérique en santé. On a les mêmes droits que tout le monde. Et on peut faire bouger les choses.
Crédits photo : Hugo Poidevin