10 février 2026

Oser les sciences : quand Lolita Aboa humanise les données

Lolita Aboa en parle comme d’un honneur. Nommée Femme du numérique en mai 2025, cette jeune scientifique semble bien lancée sur le chemin de la réussite. Ancienne étudiante de Polytech Lille et aujourd'hui accompagnée par l'ADEPAPE, Lolita Aboa nous offre un puissant message de courage et de résilience.

Si son parcours de vie ne lui a pas donné les clés pour rêver grand, Lolita Aboa a construit sa réussite pas à pas. À 25 ans, elle se découvre encore de nouvelles passions et de nouvelles trajectoires. Toujours avide de développer ses compétences, elle est aujourd’hui étudiante en master 2 à ESSEC × CentraleSupélec et spécialiste des intelligences artificielles. Pourtant, cette jeune femme était loin de se douter qu’elle allait recevoir le Prix de la femme du numérique.

Née au Cameroun et arrivée en France à l’âge de 3 ans dans le cadre d’un regroupement familial, elle grandit à Toulon, en HLM, dans un foyer pour parents isolés. On ne me parlait pas d’études, pas de prépa et encore moins de sciences, se remémore-t-elle. Je n’avais aucune vision globale des métiers qui existent. Parce que ce qui est important, là où j’ai grandi, c’est le concret. On ne perd pas cinq ans à étudier.

Le journalisme comme point de départ

Placée à l’Aide sociale à l’enfance entre 2013 et 2015, en foyer d’urgence, elle avance alors sans filet mais de nouveaux horizons s’ouvrent à elle. Alors qu'elle recherche un métier engagé pour combattre les inégalités, le journalisme s'impose à elle. 

Après un bac d'économie, Lolita rentre à l’Ecole de Journalisme de Cannes, sur concours. En dernière année, elle se spécialise dans le web et découvre le data journalisme. C’est une révélation. Lolita Aboa plonge dans un univers de chiffres, de graphiques et de rigueur. Elle parle de données comme d’autres parlent d’engagement. Avec précision, mais sans jamais perdre de vue l’humain. Quand on étudie des milliers de données, on tend à extraire une vérité générale un peu plus objective que si on se limite à trois points de vue, se justifie la scientifique.  

Mais très vite, la réalité la rattrape. Les quelques piges à droite à gauche ne subviennent plus à ses besoins et la précarité s’installe.

Le grand saut vers les sciences

Il y a quatre ans, Lolita Aboa s’engage dans un DUT Statistique et Informatique Décisionnelle (STID) pour compléter sa formation dans le data journalisme. Après des années loin des mathématiques, ces deux ans d’apprentissage à distance se révèlent très violents pour elle. Mais elle trouve une vocation plus grande dans les sciences. J’avais trop de compétences pour faire machine arrière et les perspectives d’embauche et d’évolution étaient plus grandes. Et puis, ça coïncide quand même avec ce que je voulais faire au départ : impacter le monde.

Elle intègre alors l’école d’ingénieurs Polytech Lille, en alternance chez AXA France à Paris. Pendant trois ans, elle oscille entre la capitale et la métropole lilloise. Elle redouble d’effort face à la charge de travail et à l’indépendance. Elle entre alors en contact avec ADEPAPE, l’association départementale d'entraide des personnes accueillies en protection de l'enfance. C’est à ce moment-là qu’elle réalise qu’elle n’est pas vraiment seule. J’ai rencontré ma référente Julie et j’ai échangé avec des personnes confrontées aux mêmes problèmes que moi, raconte-t-elle. Tout est devenu moins douloureux. J’ai trouvé du soutien, presque une famille. À titre d’exemple, pour Noël, un ressortissant de l’ASE nous a organisé un repas et nous nous sommes rassemblés pour fêter ce moment important.

Faire évoluer l'intelligence artificielle

Aujourd’hui, Lolita Aboa travaille sur des agents d’intelligence artificielle, en lien avec l’entreprise IBM. Son objectif ? Automatiser des outils existants tout en laissant la décision finale à l’humain. Son engagement, lui, n’est plus à prouver. Durant son séjour à Toronto en 2024, elle s’est penchée sur la problématique des déserts médicaux et a cherché à savoir comment l’IA pourrait pallier le manque d’experts médicaux dans certains pays, notamment autour du traitement des cancers du sein et du poumon.

À sa grande surprise, elle remporte le prix national des Femmes du Numérique le 15 mai 2025 alors qu’elle avait candidaté pour le prix d’élève ingénieur. Alors, quand le gagnant a été annoncé, je suis partie me chercher à manger un peu plus loin, confie-t-elle. Mais pendant ma prise de commande, on m’a appelé pour me dire que je devais revenir au plus vite car j’avais un prix à récupérer.

10 minutes de course plus tard, Lolita Aboa monte sur scène et évoque avec fierté sa vision de l’IA : utile, concrète et surtout éthique. Recevoir cette récompense, qui distingue une élève ou une ingénieure dont l’engagement fait évoluer le numérique, est un véritable honneur pour elle. Au-delà de sa réussite personnelle, cette jeune femme a à cœur de transmettre et d'être une source d'inspiration pour ceux qui n'y croient pas encore. 

À celles qui hésitent encore, son message est clair : Je dirais simplement de foncer. Le secteur du numérique est en forte demande et attend les femmes avec impatience.

Crédits photo : Lolita Aboa

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