Sport, Santé | Métropole
2 juin 2025
Même avec le diabète, on peut aller au sommet !
Aurélie Tourbez, habitante de Faches-Thumesnil est atteinte de diabète depuis l’âge de 14 ans. Ses médecins lui ont proposé de relever un défi un peu fou : participer à une aventure scientifique, médicale et humaine. Des préparatifs du Mont Noir à l'ascension du Mont Blanc, rencontre avec une femme déterminée.
Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Aurélie Tourbez : Je suis à la fois impatiente et pleine d’appréhension. Il y a beaucoup d’émotions qui se mélangent. Cela fait un moment que le professeur Fontaine (Président de l'association Santélys) me parle de ce projet avec des étoiles dans les yeux. Je me suis toujours dit que si un jour il montait ce projet un peu fou, je serai de la partie. Et voilà, nous y sommes !
Le projet est ambitieux : emmener un groupe de 14 patients diabétiques de type 1 au mont Blanc…
A.T. : Ce sera un sacré effort, une vraie logistique à mettre en place car sur 10 jours, chaque journée sera intense. On ne sait pas comment notre corps va réagir à l’altitude, ni comment nos dispositifs médicaux (pompes à insuline, capteurs, etc...) vont fonctionner en altitude et dans le froid. Il faudra gérer la fatigue musculaire, l’hypoxie (manque d'apport en oxygène dans l'organisme), les fluctuations glycémiques… C’est à la fois un challenge sportif, scientifique et profondément humain. Je pense qu'on va s'attendre beaucoup les uns et les autres pendant les ascensions parce que le diabète exige des resucrages, du contrôle, des anticipations, des pauses…
Comment se prépare-t-on à un tel défi ?
A.T. : Je le prépare depuis longtemps. Depuis janvier, je suis dans une préparation physique et mentale rigoureuse mais en réalité, je me prépare depuis plusieurs années en pratiquant du sport 3 à 4 fois par semaine. Nous nous préparons à la fois chacun de notre côté mais aussi ensemble, avec des séances collectives. On s’entraîne ensemble le mardi soir, on monte des terrils le dimanche. On forme une vraie communauté. Il y a une belle énergie collective, un beau début de cohésion.
Et vous avez bénéficié d'une préparation spéciale au mont Noir ?
A.T. : Tout à fait, nous avons passé une journée spéciale en avril au parc départemental du mont Noir grâce au partenariat entre Santélys et le Département du Nord. Ce fut une journée de cohésion et de préparation mentale sur les hauteurs avec en point d'orgue, une randonnée de 20 kms dans les monts de Flandre.
Le sport quand on est diabétique, ça se gère comment ?
A.T. : Le sport a toujours fait partie de ma vie. Avant d’être diabétique, je faisais beaucoup de sport. Mais à l’adolescence, tout a changé. Le diabète est arrivé à mes 14 ans et il a été très difficile à gérer en parallèle de mon sport. J’ai dû arrêter la gymnastique. Je suis devenue entraîneuse. Le diabète m’a coûté cher : des compétitions ratées, une perte de confiance, de l’angoisse… Quand il prend le contrôle, on se sent impuissant. Les hypoglycémies, les malaises, les hyperglycémies, c’est une bataille de chaque jour et un stress quand on sait qu'il peut gâcher des bons moments.
Aujourd’hui encore, il y a des hauts et des bas, mais je fais du sport pour ma santé physique, pour mes artères, et surtout pour ma santé mentale. On se sent tellement mieux après une séance, parfois pour 24 à 48 heures. Et mes glycémies sont plus stables, comme si mon corps me remerciait et s'auto-régulait.
Cette aventure constitue aussi une expérience scientifique ?
A.T. : Oui, tout ce que l’on mange, les médicaments que l’on injecte, les émotions … Tout sera analysé. Nous serons suivis de près par une équipe médicale. Chaque jour, nous serons scannés, pesés, observés … de vrais cobayes ! J’espère que l’on pourra ainsi faire avancer la recherche, améliorer les traitements, concevoir de meilleures pompes à insuline.
À travers ce défi, quel message souhaitez-vous faire passer ?
A.T. : Que le sport fait partie intégrante du traitement et qu’il peut être aussi essentiel que les injections d’insuline. Après tout ce que j’ai vécu avec le diabète, cette ascension symbolise la persévérance et la force. C’est une manière de montrer que je peux réussir un tel défi malgré la maladie. Mon esprit est combatif chaque jour, et j’espère qu’il le sera aussi là-haut !
Vous partez avec toute une équipe autour de vous !
A.T. : Nous sommes 14 patients diabétiques, accompagnés par une équipe médicale de l'association Santélys. Il y a des médecins, le professeur Fontaine, une diabétologue, une nutritionniste, des infirmiers, un coach mental et sportif, une chargée de communication, des chercheurs, des étudiants en thèse… Même des Canadiens participent, dont un médecin chercheur. C’est une équipe solide, investie, qui ne laisse rien au hasard et en qui j'ai une entière confiance.
Un dernier mot juste avant le départ ?
A.T. : J’espère vivre une aventure incroyable et réussir ce défi ! Pour moi, pour tous les autres, pour la science, pour la symbolique de gravir des montagnes. C’est une manière de dire que oui, même avec le diabète, on peut aller au sommet !
Le défi en quelques mots
Premier du genre, ce défi organisé par l’association Santélys regroupe des patients diabétiques et leurs soignants pour 10 jours d’ascension dans le massif du mont Blanc. À chaque sommet, un drapeau sera posé. Y figure notamment le logo du Département du Nord car cette initiative, et notamment les préparatifs, ont été menés en lien avec le site départemental du mont Noir.
Crédits photo : Aurélie Tourbez