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25 avril 2025
Des collégiens de La Madeleine sur les traces de la Shoah
Pour la 2e année consécutive, le projet "Nord, Terre de mémoire vivante" a permis à des collégiens du Nord de visiter des sites témoins de la Shoah. Après des semaines de préparation, des élèves de 3e du collège Yvonne Abbas se sont rendus en Pologne. Une étape importante pour ces passeurs de mémoire.
Ils ne pouvaient pas passer à côté du projet "Nord, Terre de mémoire vivante", proposé par le Département. Et pour cause : leur établissement porte lui-même le nom d’une résistante nordiste qui a été déportée dans le plus grand camp de concentration pour femmes de Ravensbrück.
Tous se sont engagés pour atteindre un même objectif : devenir les futurs passeurs de mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Accompagnés par leur professeure d’histoire-géo Nathalie Dezitter, ces 24 élèves de 3e se sont rendus en Pologne en mars dernier. Retour 80 ans en arrière, avec une immersion au cœur des vestiges d'un génocide.
Visite de Cracovie
Il flottait dans l’air un mélange d’excitation et d’appréhension dès leur arrivée à l’aéroport de Lille-Lesquin. Il est 9 h, les collégiens sont plus que prêts : décollage immédiat pour Cracovie.
Le programme
est chargé mais pas de temps à perdre ! À peine arrivés, les jeunes entament leur voyage par la visite de l’ancien quartier juif de la ville, créé en 1941 par les nazis. Mais, que font des chaises vides au milieu de la Place des Héros ?
, se demandent-ils collectivement. Elles sont là
pour rappeler à quiconque que les Juifs ont dû abandonner leurs maisons et leurs
effets personnels.
S’en suit la découverte de l'usine d’Oskar Schindler,
fil conducteur du célèbre film La liste de Schindler de Steven
Spielberg. Ici sont exposés des photos, des objets du quotidien, des
témoignages et la reconstitution des rues de la ville sous l’occupation nazie. Comment
les personnes déportées ont-elles fait pour survivre dans des conditions aussi
désastreuses ?
, s'interroge Maxime. Un lieu qui rend aussi hommage
à l’héroïsme de ceux qui ont tenté de sauver des vies.

Une journée au camp d'Auschwitz-Birkenau
Dès le lendemain, le groupe se remet en route. Direction l’un des plus grands camps de concentration et centres d'extermination établis sur le sol polonais, celui d’Auschwitz-Birkenau. Créé en octobre 1941, il fut choisi pour être le lieu central de l’annihilation du peuple juif.
C’est une réelle opportunité pour ces 500 élèves de travailler le devoir de mémoire autrement qu’en théorie et en classe. Nous voulons vraiment que ce parcours forme des citoyens éclairés, libres, tolérants et bienveillants qui luttent contre la discrimination. Ce sont des ambassadeurs de mémoire.
Au loin, on distingue la Judenrampe, quai sur lequel les convois de juifs de France et d’Europe arrivaient. Première arche d'entrée franchie pour entrer dans Birkenau, la matinée commence en apercevant la garde principale et de
la rampe de sélection En fait, c’était vraiment bien organisé,
ils ont tellement réfléchi pour faire ce génocide
,
réalise Augustin avec stupéfaction. Sur place, c'est la prise de conscience. L’atrocité des crimes commis durant la Shoah
devient concrète, et de plus en plus sidérante à l'approche des crématoires.

Des piles et des piles d’effets personnels des déportés sont
entassés là, en souvenir du passage et de l'existence de toutes ces vies. Des boites de gaz Zyklon B sont aussi exposées derrière une grande vitre. Le guide polonaise en profite pour faire un rapide calcul qui démontre le faible coût et la grande productivité de cette méthode d'extermination. On n'oublie pas qu'environ 1 million de Juifs, 70 000 Polonais, 25 000 Tsiganes et près de 15 000 prisonniers de guerre originaires d'URSS ou d’ailleurs ont été assassinés dans ce camp. L’ambiance est solennelle et la vague d’émotion intense. J’ai l’impression d’avoir tout vécu au ralenti
, confie Maeva. Je ressentais de la peur, de la colère et de la tristesse. La peur que ça recommence, la colère face aux
conditions de vie des déportés et la tristesse quant au nombre de chaussures,
de valises et de cheveux.
Avant ce voyage, je me souciais à peine des dégâts commis par les nazis. En me rendant sur ces lieux de mémoire, j’ai pris conscience de l’atrocité de leurs actes durant ces années d’anéantissement.
Des passeurs de mémoire
Ces 24 volontaires ont travaillé bien des mois avant d’arriver sur les lieux. Épaulés par leur professeure, chaque vendredi, ils se sont rigoureusement retrouvés de 8h à 9h pour préparer ce voyage. Le fil rouge des séances ? Définir ce qu’est un génocide. Pour cela, ils se sont appuyés sur divers supports : la BD Retour à Lemberg, une peinture de Laura Knight, les pavés de mémoire…
De février à mars, une attention
particulière a été portée aux images de la Shoah. Photographies de l'Album d'Auschwitz ou dessins de David Olère, quels sont les documents qui témoignent de l’Histoire ? Ces moments d’échange et de réflexion commune semblent avoir été bénéfiques aux élèves. Les séances de préparation du projet nous ont permis de
mieux comprendre l’importance de ce lieu et de son histoire
, explique Nelya. Elles étaient vraiment nécessaires.
De retour à La Madeleine, c’est une autre mission qui leur est confiée : celle de la transmission. Et les idées sont nombreuses. Une expo à destination de leurs camarades et des CM2 des écoles du secteur va être créée. Un podcast pour la radio de l’établissement est en cours d’enregistrement. En collaboration avec l’atelier théâtre, les collégiens vont aussi jouer dans la pièce Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? de Sylvain Levey.
Pour
continuer sur sa lancée, le groupe va participer à la cérémonie de
pose de deux pavés de la mémoire (ou Stolpersteine) dans leur ville. Le 27 mai
prochain, ils rendront hommage à François Duprez et à Brice Dowding, tous deux
résistants morts en 1943 suite à une dénonciation. Il n’y aura bientôt plus de
survivant et donc on est la prochaine génération
, lance Mohamed. Il
faut se souvenir.
Augustin acquiesce : C’est à nous de passer le flambeau.
"Nord, Terre de mémoire vivante" : se souvenir pour ne pas reproduire
Depuis 2023, le dispositif offre la possibilité aux collèges publics et privés du Nord de pouvoir participer à trois parcours de mémoire, sous forme d’appel à projets. Les objectifs sont de sensibiliser les élèves de 3e à l’histoire locale et nationale, aux grands conflits mondiaux, de valoriser le patrimoine départemental, de transmettre les valeurs citoyennes et de responsabiliser les jeunes en tant que passeurs de mémoire. Dans ce cadre, un partenariat avec l'Éducation nationale et le Mémorial de la Shoah a été conclu, permettant l’organisation de parcours mémoriels.
Crédits photo : Nejma Chebah
