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28 septembre 2021

Concours d'écriture collégiens : découvrez les textes des lauréats !

Chaque année, la Villa départementale Marguerite Yourcenar propose aux collégiens nordistes un concours d'écriture. Organisée avec l'abbaye de Vaucelles, l'édition 2020-21 avait pour thème "Écrire l'Histoire". Voici les coups de cœur du jury.

Cette année 199 collégiens ont participé au concours d’écriture organisé par la Villa départementale Marguerite Yourcenar en partenariat avec l'abbaye de Vaucelles et la Délégation académique aux Arts et à la Culture de l'académie de Lille.

Les plus nombreux à avoir participé sont les élèves de 5e. Les 20 lauréats du jury ont été invités, avec leur famille, pour une remise des prix dans le cadre prestigieux de l'abbaye de Vaucelles. Félicitations à eux !

Voici les textes des collégiens qui ont remporté le premier prix dans leur catégorie.

Catégorie 6e

Sujet proposé : Le manuscrit perdu.... Une légende raconte qu'au 12e siècle, un événement fantastique a eu lieu sur le site de l'abbaye de Vaucelles. La seule trace de cet événement est la page de journal d'un moine, perdue depuis très longtemps... Que s'est-il passé ? À vous d'imaginer le récit de ce moine.

"Bulles d'avenir", texte de Rose Delille (collège Anatole France, Ronchin)

24 décembre 1123

Si la Nature est étonnante, ma découverte l'est encore plus !  Après avoir fait ma prière, je voulais me remettre à mon manuscrit quand une étrange lumière apparut devant moi. Elle scintillait de plus en plus fort, comme si elle voulait me dire quelque chose. Ensuite, elle voleta et s'échappa dans le couloir. J'en oubliai ma copie et la suivis. Les moines qui me croisèrent s'interrogeaient : "Que t'arrive-t-il ? Pourquoi cours-tu partout ?"

Eux ne paraissaient pas voir la lumière. Je me demandais si j'étais devenu fou, mais non, la lumière était bel et bien là. Pour une raison inconnue, j'essayai de poser ma main sur la boule lumineuse qui flottait et - ô merveille -, une sensation très agréable de bien-être me fit frissonner.

Je me sentais heureux, léger, heureux, léger, tellement léger que moi aussi je me mis à flotter : je pouvais à présent toucher le plafond sans aucun problème. Comme je m'amusais ! Mes vieilles jambes fatiguées étaient à présent vigoureuses et fortes et j'avais l'impression d'avoir des ailes. Ah, là, là ... J'étais certain de pouvoir battre le champion de course à pied malgré mon grand âge.

Or, la lumière sembla vouloir mettre un terme à mes nouveaux jeux. A regret, je redescendis sur terre et je lui emboîtai le pas. Au bout d'un moment qui me sembla interminable, le petit soleil s'arrêta devant un mur.

"Mais pourquoi t'arrêtes-tu ici ? Il n'y a rien pourtant. Ne me dis pas que tu m'as fait perdre mon temps !"

La sphère devint rouge et plus luisante que jamais. Puis, elle disparut.

"Où es-tu ? Ne te vexe pas ! Reviens !" criai-je.

En vain. La lumière ne revint pas. j'essayai de comprendre... En même temps, avec la magie, on n'est jamais sûr de rien...

Je sentis tout à coup la force incroyable me quitter lentement ... lentement ... Je commençais à être fatigué sans cette énergie magique qui me soutenait jusqu'alors.

"Heureusement que je peux m'appuyer sur les murs !" pensai-je.

Grossière erreur ! Je traversai le mur et découvris des milliards de lumières identiques à celle que j'avais aperçue quelques instants auparavant.

Ce spectacle était d'une splendeur incomparable. Les lumières s'écartèrent toutes et je vis alors les plus belles choses du monde : l'amour, la compassion, l'amitié, les rires... Mais surtout ... Une planète.

Mes forces déclinent en écrivant ces lignes.

Avant de mourir, je fais le vœu que cette planète qui nous porte chaque jour, notre Terre, ait une belle vie.

Une vie d'allégresse.

Catégorie 5e

Sujet proposé : En l'an 2030, l'humanité a perdu depuis très longtemps la capacité d'écrire de manière manuscrite et n'a même plus connaissance des livres. Une exploration archéologique découvre une bibliothèque cachée dans les souterrains de l'abbaye. Racontez en quoi cette découverte peut changer le destin de l'humanité.

Texte de Zia van Nieuwenhove (collège Anne Frank, Lambersart)

Des hommes en uniforme s'affairaient dans la nuit chaude, hurlant des ordres, courant, transportant de lourdes charges. Leurs silhouettes se découpaient dans la lumière blafarde de projecteurs installés à la hâte. Devant eux, l'entrée du tunnel obscur s'enfonçait dans la terre. Le ciel violet, comme un mauvais présage, se chargeait d'orage. Les regards trahissaient l'inquiétude et scrutaient l'Abbaye, craignant que s'y réveille la fureur d'un ancien dieu.

Des gens du pays, rassemblés, tremblants malgré la chaleur, impuissants face aux Soldats de l'Ordre National, observaient la scène.

Liv courait, pieds nus dans le bois de Vaucelles, insensible aux ronces que ses pieds agiles survolaient. Son corps tendu par l'urgence connaissait le chemin. Elle émergea de la végétation sur la berge de l'Escaut, grimpa jusqu'à la corniche. Le vent ébouriffa ses cheveux roux, colère et peine se mêlaient dans ses yeux sombres. Elle aurait dû savoir ce qui se passerait dès le jour où les archéologues du gouvernement avaient découvert la Bibliothèque. Elle connaissait les règles, seules les publications officielles en ligne étaient autorisées afin de préserver la paix.

Elle bondit et réapparut à l'entrée du tunnel. Dans l'ombre, personne ne la vît s'y glisser. Les larmes et les souvenirs l'aveuglaient. Elle pénétra dans la bibliothèque, et saisit le précieux volume. Si elle ne devait en sauver qu'un, ce serait celui-là.

Au loin, le décompte débuta.

Animée par les récits de la vieille Porette, sa voisine, à propos d'histoires interdites imprimées sur du papier, elle avait, enfant, fouillé les alentours de l'Abbaye. L'entrée lui était apparue le jour de ses 13 ans. Elle s'était faufilée entre un vieux chêne et un muret en ruine, et suivit, à la lumière de son smartphone, la catiche jusqu'à la lourde porte qui s'était ouverte sans résister. Elle avait pleuré en effleurant la couverture des livres, en avait ouvert un au hasard. Son cœur s'était mis à battre différemment. Elle aimait, luttait, vibrait aux cotés de personnages que son monde avait oubliés. Dès lors elle avait accueilli avec méfiance les discours des instructeurs du ministère, et bravé le couvre-feu, chaque jour, pour retrouver ses héros.

Un grondement parcourut le sol. La déflagration la projeta en arrière dans un nuage de pages arrachées. Machinalement, elle chercha des yeux une issue. Il n'y en avait aucune. Ses yeux se posèrent sur le livre qu'elle tenait. Elle sourit. Elle savait ce qu'il contenait : l'espoir.

Elle l'ouvrit et lut : "Je le comprends seulement maintenant combien c'était simple de vivre... *". Et le ciel s'écroula.

 *Extrait de Antigone de Jean Anouilh

Catégorie 4e

Le sujet était le même que celui proposé aux 5e.

Texte de Jade Bocale (collège Fernig, Mortagne-du-Nord)

6 juin 2300. Comme chaque matin, la bande info défile sur les écrans qui tapissent les murs de l'appartement : augmentation des stocks actions du pays, livraison nationale des nouveaux Iphones à l'ensemble de la population le 8 juin, nouveau virus détecté : covid 31. Port du masque obligatoire. Mur anti- franchissement des frontières en cours de construction dans le sud du pays, heure du confinement du jour : 20h32.

Comme chaque matin, moi, Identité 882-A, je terminai d'avaler mes pilules énergisantes avant de me rendre au travail. Il parait qu'il y a des siècles, les hommes déjeunaient des substances solides qu'on appelait "fruits et légumes". C'est en tout cas ce que j'avais pu lire dans le rapport vocal archéologique que m'avait adressé mon collègue 743-M. Il mentionnait même que nos ancêtres auraient manifesté des préférences différentes qu'on appelait goûts et émotions. Qu'était-­ce vraiment ? Plus personne ne le savait.

Arrivé au centre de recherches, un nouveau rapport était tombé : une équipe archéologique, composée des identités M-545 et G-203, avait fait une découverte majeure. Chargés d'explorer les derniers bâtiments faits de pierre et de briques, ils s'étaient intéressés à un édifice religieux. Oui, il y a fort longtemps, les hommes auraient eu des croyances différentes et des lieux de culte. Cette fois, ce bâtiment se nommait « abbaye ». Il aurait abrité des religieux. C'est en parcourant des chemins souterrains que l'équipe archéologique avait découvert une pièce étrange. Il était noté qu'il s'agissait d'une pièce voûtée, aux hauts plafonds, entourée d'étagères de bois. Du chêne apparemment, gravées de motifs religieux. M-545 et G-203 en avaient extrait des objets, à la taille et à l'épaisseur différentes. Ils étaient composés de morceaux de papier, des feuilles selon eux, couvertes de lettres qui formaient des mots.

Le lendemain, les objets de la fouille étaient exposés au centre de recherche. J'avais été envoyé pour les étudier et définir leur fonction. J'étais l'un des rares techniciens à savoir lire. Depuis fort longtemps, l'écrit n'existait plus. Les humains avaient privilégié les bandes-sons et abandonné les écrits pour des raisons pratiques. L'orthographe aurait soi-disant posé trop de difficultés.

Assis devant ces objets, mon nez détecta un parfum qu'il n'avait encore jamais perçu. Il faut avouer que les odeurs étaient rares sur la planète. Les hommes avaient depuis longtemps supprimé le superflu. Cette odeur m'intriguait beaucoup, elle était vraiment addictive. Elle me poussa à ouvrir rapidement cet objet que je devais déchiffrer. J'en avais l'habitude. Le mois dernier, c'était la notice d'une machine à laver, un objet qui servait à laver les vêtements, que j'avais décodée. Nous savions désormais que nos ancêtres utilisaient l'eau et des produits chimiques comme nettoyant. Dingue, les combinaisons biodégradables n'avaient pas encore été inventées.

J'ouvris cet ouvrage et commençai à le parcourir. Contrairement aux écrits que j'avais pu analyser, il ne s'agissait pas de la description d'un fonctionnement. Les premiers mots étaient "il était une fois". Mêlés les uns aux autres, ils racontaient des événements imaginaires. Le concept était fantastique. Et comme l'odeur de vieux papiers, le récit devenait enivrant.

C'était l'histoire d'une jeune fille loufoque, qui vivait une vie assez banale et qui aimait la vie à sa façon. Plus j'avançais, plus mon visage se transformait et mon corps éprouvait des sensations. Je sentais mes lèvres s'étirer, j'entendais des sons incontrôlables sortir de ma gorge et même touchais des gouttes d'eau sur mes joues.

C'est lorsque je refermai l'ouvrage que je compris. Je ressentais des émotions. A la fois perplexe et excité, je décidai de réunir mes collègues 44-HT et 122-JM pour leur faire part de mon expérience. 44-HT eut l'idée de réunir tous les membres du centre pour qu'ils entendent le récit et analyser leurs réactions. A la lecture, tous rirent, tremblèrent, sourirent et pleurèrent.

Peu de temps après cette découverte, les hommes réapprirent à écrire. Nous avions abandonné nos matricules pour les prénoms que nous avions découvert dans ces objets qu'on avait appelé "livres". L'humanité était de retour.

Catégorie 3e

Le sujet était le même que celui proposé aux 5e et aux 4e.

Texte de Élise Matton (collège Sainte Thérèse, Avesnes-sur-Helpe)

Derniers coups de pioches et je pourrai enfin pénétrer dans le scriptorium de l'abbaye de Vaucelles, mille deux cents ans après la pose de sa première pierre. Cela fait des semaines que j'attends ce moment ! Mais avant d'ouvrir la porte, je vais vous raconter mon histoire, notre histoire...

Il y a trois siècles une pandémie a causé la perte de la quasi-totalité des êtres humains. Nous, les survivants, avons survécu dans de grands dômes aseptisés dans l'attente de jours meilleurs, comme des prisonniers. Pendant des décennies, les constructions humaines ont été progressivement gommées par la nature qui a repris ses droits ou détruites par les tempêtes climatiques.

Les bâtiments ne sont pas les seuls à avoir été ravagés. Notre passé, nos connaissances ont été oubliés, perdus ! Tant de questions restent sans réponse ! Les premiers survivants avaient interdiction d'emmener des objets avec eux dans les bulles afin de ne pas introduire de virus.

Durant des années, la peur de la maladie a tenu les groupes de survivants à l'écart les uns des autres. Nous partagions des connaissances dématérialisées, c'était plus pratique ... jusqu'au jour où l'internet s'est effondré à son tour, emportant la mémoire du monde d'avant.

Aujourd'hui, au bout de ma pioche, cette soif de connaissances sera-t-elle apaisée ? Un nuage de poussières, la porte s'ouvre enfin. Dans la semi-obscurité, j'aperçois sur une vieille table des objets inconnus éclairés par un rayon de lumière. Est-ce que ce sont... des crayons ? Comment les utiliser ? Ma main saisit l'un des fins morceaux de bois. Maladroitement, je trace une à une les lettres de mon prénom INAYA sur la surface poussiéreuse de la table. Des centaines d'années que ce geste n'avait pas été fait...

S'habituant à l'obscurité, mes yeux se posent sur une étagère où sont alignées de curieuses briques ornées de toiles d'araignée. Je souris, j'ai la certitude de reconnaître ces objets imaginés mille fois lorsque ma grand-mère me racontait les histoires de son grand-père. Je viens de trouver des livres !

Avec précaution, j'entrouvre l'un des ouvrages. Il est magnifiquement enluminé. Les couleurs des dessins sont sublimes, intactes. Quel bonheur de toucher du doigt ce papier si fragile !

Cependant je n'oublie pas l'objectif de ces recherches : nous procurer des livres de médecine. Je pense avoir trouvé des ouvrages sur des plantes médicinales : c'est un bon début !

Ces plantes guérisseuses étaient utilisées par les hommes pendant des années avant cette catastrophe. Heureuse, je brandis l'ouvrage à mes amis archéologues. Imaginez la joie dans leurs yeux !

Des animations pédagogiques pour les collégiens

En étroite collaboration avec le service archéologie et patrimoine du Département, l'abbaye de Vaucelles propose des visites et ateliers spécifiquement adaptées aux scolaires, et notamment aux collégiens.
Retrouvez le livret pédagogique téléchargeable sur www.abbayedevaucelles.fr

Crédits photo : C. Arnould

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