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27 octobre 2025

Cimetières du Nord : nos vénérables jardins

Vous serez des milliers à vous recueillir en ce 1er novembre pour la Toussaint, sur la tombe de vos proches. Peut-être, cette tradition bien ancrée vous aura donné envie de revenir flâner dans les cimetières ou simplement aller à la rencontre des personnages qui y reposent en paix. Insolites et poignants, les cimetières ne laissent pas de marbre.

Les cimetières sont des villes dans la ville. Il y a les grandes et dernières demeures, celles plus modestes ou anonymes, les architectures alambiquées, le nec plus ultra du design contemporain et même des grands ensembles collectifs, à l’instar de la famille Coustenoble au cimetière de l'Est à Lille. En 1844, cette riche famille a légué un parc arboré à la Ville de Lille afin d’y installer un nouveau cimetière.

36 000 concessions à Lille-Est !

Depuis un édit royal de 1776, les villes doivent en effet déplacer en périphérie leurs cimetières naguère groupés autour des églises. Ce mouvement correspond à la croissance des communes et au légitime besoin d’espace et de salubrité publique. Le cimetière de l’Est est l’un des plus vieux cimetières de France. Ses 22 hectares accueillent 36 000 concessions.

Ce cimetière est un parc que les bruits de la ville n’atteignent pas. Ici, tout est calme, luxe et volupté. En termes de notoriété et de patrimoine, il est le deuxième de France après le Père-Lachaise à Paris. Aux beaux jours, il n’est pas rare de croiser des promeneurs solitaires, les mains dans le dos et le nez humant les essences variées des 800 arbres qui jalonnent les allées. C’est un dédale dans lequel il faut se perdre pour mieux se retrouver.

Des figures de renom y reposent

À la différence de bien des cimetières taillés au cordeau, ses chemins sont en courbes et recoins. Çà et là, on tombe sur de grandes figures de l’histoire de Lille. D’anciens maires, comme Pierre Mauroy, bien sûr, mais aussi des personnalités que les Lillois connaissent surtout par les noms des rues : la haute statue du maréchal Faidherbe, Alexandre Desrousseaux, auteur du P’tit Quinquin, ou la tombe de Léon Trulin, fusillé par l’occupant en 1915 dans les fossés de la citadelle de Lille. 

Les lieux recèlent une multitude de détails à découvrir au gré de flâneries, comme cet arbre dont le tronc et les racines ceintures, jusqu’à l’engloutir presque, un tombeau centenaire. 

Le cimetière Saint-Roch à Valenciennes

À Valenciennes, le cimetière Saint-Roch porte aussi le titre de "petit Père-Lachaise". Beaucoup considèrent qu’un cimetière est en endroit triste et lugubre, mais en y regardant de plus près, c’est un lieu vivant, émouvant et très enrichissant sur l’histoire des hommes.

D’un aspect sagement structuré, le cimetière Saint-Roch est réputé pour abriter la dernière demeure de 17 grands prix de Rome, qui honorait les architectes. De forme rectangulaire, il a connu plusieurs extensions dont la dernière en 1984. La plus vieille sépulture date de 1797. Elle ressemble à un petit pont de brique surmonté d’une pierre tombale.

Le visiteur ne peut manquer l’imposant monument funéraire du sculpteur Jean-Baptiste Carpeaux. Les plus avertis découvrent la tombe des parents de l'acteur Jean Lefèbvre ou celle d’un des tout premiers joueurs du club de football de l’USVA (Union sportive Valenciennes athlétisme), Marcel Lesoin, décédé en 1930.

Outre des tombes israélites parsemées de petits cailloux, témoins du passage d’un proche, et un carré musulman, le cimetière Saint-Roch se distingue par le grand nombre d’éléments étonnants : objets décoratifs macabres (têtes de mort, os sculptés, datant du début du 19e siècle), stèle inclinée sur laquelle est gravée un long poème, ou présence de la chouette, qui représente la gardienne des cimetières. Les enfants, eux, s’arrêtent stupéfaits devant un imposant monument funéraire insolite : il met en scène un cheval agonisant, laissant croire aux jeunes qu’un équidé est bel et bien enterré là. Que nenni ! Il s’agit de la tombe de Désiré Rodrigue (1836-1913), un riche marchand de chevaux !

Roubaix, boulevard des chapelles

Riches ou pauvres, sommes-nous vraiment égaux devant, ou plutôt, après la mort ? À observer les parties anciennes de nos cimetières, la réponse paraît négative. Les disparités sociales se retrouvent jusque sur les tombes.

L’exemple le plus frappant est sans conteste celui du cimetière de Roubaix. Créé vers 1850, en plein âge d’or de l’industrie textile, ce cimetière est unique en France pour son allée rassemblant toutes les grandes familles d’industriels roubaisiens. 500 chapelles et mausolées, parmi 285 000 sépultures, rivalisent de décors, sculptures, vitraux, encorbellements, dômes, voûtes, regroupées le long d’une allée centrale longue… d’un kilomètre ! Certaines, somptueuses, sont pareilles à de véritables églises néo-gothiques miniatures symbolisant la puissance de l’industrie lainière. 

Il fallait au marbrier un an de travail pour sculpter et assembler de telles œuvres d’art, toutes conçues par des architectes. Outre les industriels des 19e et 20e siècles, figurent les grands noms du syndicalisme roubaisien, maires, hommes politiques (Jean Lebas) ou la tombe du peintre Rémy Cogghe.

Le cimetière compte 30 000 tombes dont 3 000 concessions perpétuelles le long de ses 66 km d’allées. Rectiligne, il est agrémenté de 900 arbres et constitue un lieu de promenade encore méconnu. Josiane, elle, est une habituée : J’aime venir ici le mercredi avec mes petits-enfants. D’une part parce que j’y ai beaucoup de membres de ma famille, mais aussi parce que ce cimetière est reposant et tranquille pour se promener.

Lille-Sud

Autre cimetière de prédilection pour les promeneurs : Lille-Sud. En matinée, les allées sont arpentées par les riverains qui utilisent ce cimetière comme raccourci pour se rendre au marché ou dans les commerces adjacents.

Ce va-et-vient  n’est pas sans rappeler la période médiévale durant laquelle les cimetières étaient des lieux de passage et de vie, au cœur des villages.

Lille-Sud impressionne par ses dimensions : 33 hectares pour 55 000 monuments, soit environ 200 000 personnes inhumées. On pourrait presque s’y perdre. Notamment dans la partie la plus ancienne, avec ses allées circulaires arborées. Au-delà, sa structure se mue en un vaste quadrillage moins ombragé. On y trouve les carrés musulmans et israélites, ainsi que les cimetières allemands et français de la Première Guerre mondiale.

Certains décors ou épitaphes accrochent l’œil, comme ce portrait de Brassens accompagné des vers de la chanson Marquise : Le temps aux plus belles choses se plait à faire un affront et saura faner vos roses comme il a ridé mon front. Au milieu du cimetière, se trouve aussi le mémorial au WO, organisation de la Résistance d’obédience britannique dirigée par Mickael Trotobas, alias le Capitaine Michel. 

Cimetière du centre à Seclin

Témoin de son époque, la porte du cimetière du centre, à Seclin, l’est particulièrement. Cet énorme cénotaphe en forme de monolithe est typiquement d’inspiration égyptienne, selon les canons esthétiques en vigueur entre la fin du 18et le début 19siècle Érigé en 1807, l’édifice de pierre blanche (13 mètres de haut), porte en façade l’esprit de la Révolution et est décoré de symboles laïcs (sablier ailé, couronne de lauriers, flambeaux renversés).

Fonctionnelle, cette porte a constitué jusqu’au début du 20e siècle l’habitation du gardien. Derrière, le cimetière réserve quelques surprises, comme cette chapelle de briques jouxtant une autre en pierre de Lezennes. Avec une once de perspicacité, on apercevra également une tombe surmontée d’un Christ dont la tête est tournée vers la gauche, ce qui est rare. 

La baignoire de Landrecies

Constitué autour de la chapelle Saint-Roch en 1816, ce cimetière possède nombre de sépultures de généraux officiers de la Légion d’honneur. Et pour cause, ville de garnison, Landrecies est une ancienne place forte.

Au cœur du cimetière, trône un curieux sarcophage en forme de baignoire sur laquelle on aurait posé un couvercle. Il s’agit du tombeau d’un banquier.

Le cimetière de Landrecies étale ses vénérables tombes en pente douce. Composé de trois parties distinctes correspondant aux agrandissements successifs. Il est ouvert à tous vents et ses portes ne ferment plus depuis belle lurette.

Les gens qui vivent là ont jeté la clé…

Crédits photo : Emmanuel Watteau, Cédric Arnould, Philippe Houzé

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