Handicap, Séniors | Métropole
22 juin 2026

Chez Catherine, la maison du bonheur s'anime grâce à ces trois drôles de dames

Depuis près de vingt ans, Catherine Laurier accueille chez elle, à Bourghelles, des adultes en situation de handicap. Avec Marie-Hélène, Martine et Carole, elle a construit bien plus qu’une famille d’accueil : une maison vivante, pleine de rires, de musique, d’animaux et d’autonomie.

L’une adore les chats et les chiens, l’autre admire les dauphins, la troisième collectionne les tortues. Chez Catherine Laurier, les passions de Marie-Hélène, Martine et Carole racontent surtout une même histoire : celle d’une maison où chacune peut vivre à son rythme, entourée et libre d’être elle-même.

Dans la cuisine, ça chantonne, ça rigole, ça cherche un mot dans une grille de mots mêlés. Au milieu de cette joyeuse agitation, Catherine Laurier, accueillante familiale depuis bientôt 20 ans, échange avec chacune de ces trois femmes à la personnalité unique. Pourtant, rien ne la destinait à faire ce métier mais une rencontre à tout fait basculer. 

C’est grâce à son ancien métier de monitrice d’équitation d’un poney-club qu’elle rencontre sa première accueillie, Marie-Hélène, aujourd’hui âgée de 71 ans. À cette époque, cette dernière vivait dans un foyer situé à proximité et montait régulièrement à cheval dans le complexe de Catherine. Marie détestait le foyer, ça ne lui convenait pas, se souvient celle qui a ouvert les portes de sa maison. Au début, Marie venait les weeks-end puis, elle restait de plus en plus souvent. On a donc sauté le pas.

Après de longues discussions avec son mari, ils décident ensemble d’accueillir à plein temps cette amoureuse des animaux. Après l’obtention de l’agrément, la jeune femme s’installe définitivement dans la maison. Et ici, Marie-Hélène est conquise : 5 chats, 4 chiens, des poules, un mouton et des chevaux, elle est entourée par ces petites bêtes qui lui procurent de la joie au quotidien. 

"Ici, c'est chez elles"

Et, le mot est vite passé. Martine a fait une demande puis Carole, qui se retrouvait seule au foyer, aussi. Tout le monde semble trouver son équilibre. Si Carole rencontrait des difficultés, le sourire ne quitte plus ses lèvres depuis son arrivée. 

Car ici, pas question de faire à leur place mais bien de leur accompagner dans leur quotidien. Si chacune a ses propres habitudes et passions, elles ont évolué pour devenir plus autonomes. Martine, elle, raconte fièrement le repas préparé pour son petit copain. Le but, c’est qu’elles aient une vie comme tout le monde, explique l’accueillante. Leur chambre, c’est leur chambre. Je frappe avant d’entrer. Elles choisissent leurs activités, ce qu’elles veulent faire ou non.

Et, la semaine est bien remplie : piscine, gym, club des ainés, prière, kiné, promenades, sorties au marché, au restaurant ou au cinéma. Souvent, elles appellent leurs amies par téléphone ou font du crochet. Je suis bien tombée, en rigole Catherine. Carole adore faire la vaisselle et Martine, plier le linge.

Les progrès sont visibles. Marie-Hélène, qui ne sait ni lire ni écrire, gère pourtant les animaux presque seule. Martine mène sa vie de couple avec de plus en plus d’indépendance. Quant à Carole, longtemps très anxieuse, elle s’est peu à peu ouverte aux autres et a appris à déchiffrer quelques mots.

Une famille élargie

Aujourd’hui, les trois femmes vivent ici comme dans une grande famille. C’est notre maman de coeur, déclarent-t-elles en coeur. Autour d’elle, un réseau s’est aussi constitué avec le temps : voisins, amis, professionnels de santé, famille. Une organisation précieuse depuis que Catherine doit gérer le quotidien seule. 

La maison vit au rythme des visites, des voisins qui passent, des amis invités à déjeuner. Ici, personne n’est laissé de côté. Si je suis invitée quelque part, elles sont invitées aussi, insiste Catherine. Les gens qui me connaissent savent qu’on est une famille.

Dans le village, tout le monde connaît les filles. Parfois même davantage que Catherine. Elle se souvient encore d’un arrêt dans un café, lors d’une sortie. À peine assises, les serveuses saluent immédiatement Martine, Marie-Hélène et Carole par leurs prénoms.

Ce que Catherine aime dans ce métier tient en peu de mots : le contact humain. Dans cette maison aux murs chargés de dessins, de photos et de créations colorées, le quotidien n’a rien d’extraordinaire. Et c’est justement ce qui le rend précieux. Préparer un poulet rôti, écouter Johnny Hallyday le matin, faire une brocante, promener les chiens ou regarder un film deviennent autant de façons de vivre ensemble. Je trouve que les gens ont parfois peur de la différence. Pourtant, c’est possible de vivre ensemble, soutient-elle. 

Crédits photo : Philippe Houzé

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