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20 octobre 2021

Marilyne ou le combat d’une vie

A moins de 40 ans, Marilyne a dû affronter un ennemi invisible. Un ennemi sournois, qui s’infiltre où on ne l’attend pas. Marilyne, en rémission d’un cancer du sein, livre son histoire avec la plus grande sincérité.

Toute pimpante, Marilyne ouvre en grand la porte de sa maison de Sailly-lez-Lannoy. Dans sa robe à motifs léopard, elle arbore un tout aussi grand sourire. Maquillée, apprêtée, elle met ses interlocuteurs tout de suite à l’aise, avec son naturel. Sans détours, elle parle de son combat. En commençant par ce jour de février 2019. Ce jour où elle a reçu un véritable uppercut. Sans filtre, elle se lance dans son récit de ce moment où tout a basculé avec la plus grande franchise et la plus grande sincérité.  Je venais de courir, de faire le tour du quartier. J’avais récupéré les enfants à l’école et j’avais encore le temps de prendre une petite douche. Et j’ai senti une boule à mon sein droit. Une grosse boule. Marilyne sait.

Marilyne sait instantanément car elle est infirmière. Infirmière en soins palliatifs. Des mamans de trois enfants parties d’un cancer d’un sein, j’en ai vues , glisse-t-elle. Elle sait que le plus grand combat de sa vie débute à cet instant.  Le soir même, mon médecin m’a dit : « je ne vais rien t’apprendre, tu sais mieux que moi » Il fallait investiguer, contrôler, comprendre. 

Une « sale bébête » infiltrante

A 38 ans, cette maman de trois garçons était à mille lieux d’être confrontée à cette sale bébête 

Je faisais mon auto-palpation, ma visite chez le gynécologue une fois par an. Mais tu es très loin de penser que cela peut t’arriver, à toi.


Le dépistage, pour détecter au plus tôt

Le dépistage permet à 90% de détecter un cancer du sein à un stade précoce. Et c'est tout le message porté par Octobre rose.
Le dépistage massif concerne toutes les femmes entre 50 et 74 ans. Par courrier, elle sont invitées à passer une mammographie et un examen clinique totalement pris en charge par la sécurité sociale.
Le dépistage individuel concerne toutes les femmes de moins de 50 ans. Il se déroule auprès d'un professionnel de santé : votre médecin généraliste, votre gynécologue, votre sage-femme. Il est indolore et permet de détecter une anomalie éventuelle. Dès 25 ans, il est recommandé de le faire de façon annuelle.

Lors des échographies et des mammographies, les docteurs se penchent surtout sur son sein gauche. Il y avait beaucoup de lésions. A la limite, le sein droit ne les inquiétait pas plus que ça. 14 biopsies dans les deux seins, et le diagnostic tombe en mars : cancer infiltrant de grade 4 hormono-dépendant. Le coup de massue. La peur que le cancer se soit propagé dans d’autres parties du corps.

IRM, petscann, ganglion sentinel… Les examens ne s’arrêtent pas là. Marilyne les affronte un à un. Seule. Mes proches avaient déjà beaucoup souffert, je ne voulais pas qu’ils entendent certaines choses. Sa maman veut l’accompagner. Marilyne la sort de la salle d’examen : hors de question qu’elle entende que sa fille pouvait « crever » . Des amies infirmières prennent le relai, contre l’entêtement de Marilyne.

Opération, chimios et rayons

Quand on a su qu’il n’y avait rien ailleurs, j’ai dit « ok, je vais me battre » et j’ai fait ce qu’il fallait.  Ce qu’il fallait, c’est-à-dire chimio agressive toutes les trois semaines, six cures en tout. A moins de 40 ans, son oncologue lui annonce on te met la patate . Le protocole débute après l’opération.

Vient l’annonce aux enfants. Le petit dernier est à peine âgé de 3 ans. L’aîné a 10 ans. Pour lui, cancer égal mort. Il a fallu les rassurer. Oui, maman va se battre contre cette maladie. J’ai senti leur crainte. J’ai senti leur peur de me voir malade et sans cheveux. 

Les cheveux qui tombent très vite après le début de la chimiothérapie, lors d’une escapade à la mer. Le vent souffle fort, Marilyne passe sa main dans ses cheveux et voit une grosse poignée se détacher.

J’ai voulu rentrer chez moi tout de suite. Le soir même, je suis allée chez mon amie coiffeuse. Elle m’a rasé la tête et a pris le temps d’ajuster ma perruque. Puis elle a appelé mon mari et lui a ordonné de m'emmener au restaurant !

Marilyne appréhende alors son nouveau reflet dans le miroir. Je n’avais plus de cheveux, plus de cils, plus de poils, plus de larmes. D’abord, on se dit que ça ne va pas nous arriver. Parce que 3% de femmes ne perdent pas leurs cheveux. On se dit qu’on va en faire partie…

Les bouées de sauvetage

Elle se tatoue les sourcils, pour garder une certaine féminité. Elle suit les cours de maquillage, dispensés à l’hôpital. Un accompagnement thérapeutique non médicamenteux très bien, au moins aussi important que la chimio. Marilyne porte sa perruque, ou des turbans. Et elle s’investi dans l’association des parents d’élèves du village. Pour garder un lien, me changer les idées. Quelque part, ça m’a aussi sauvée. Même s’il faut faire la vente de bonbons au lendemain de sa première chimio et que le corps ne suit pas. Le cœur, lui, est bel et bien là. 

Je n’ai jamais été seule. Mon combat, je l’ai mené pour ma famille, mes enfants, mon mari. Je ne pouvais pas les laisser. C’était impossible. A ce moment, tu deviens surhumaine. Ton corps n’en peut plus, mais toi, tu te dis « c’est pas grave, je vais y arriver.  

Les voisines et amies se relaient pour récupérer les enfants à l’école. Sa maman s’en occupe aussi. Les collègues lui envoient chaque semaine un bouquet de fleur.

Les rayons prennent le relai de la chimio. Le traitement se termine en décembre 2019. Moins d’un an pour se retaper, Marilyne reprend le chemin du travail, en EPHAD, en octobre 2020.

Une Pink Desperate pas si désespérée...

18 mois après l’annonce, 18 mois après les séances de chimio, 18 mois après les rayons, Marilyne fête en octobre 2020 ses 40 ans. Plus qu’un anniversaire, la célébration d’une renaissance. Et surtout, l’occasion de remercier tous ceux qui l’ont portée.

Et là, son amie Emilie a une idée. Une idée de lendemain de soirée, complètement utopique, à la limite du réalisable. L’année prochaine, on part faire un treck au Maroc. Marilyne fonce, avec une troisième acolyte, Virginie. A elles trois, elles créent une association Les Pink Desperates. Elles emmènent dans leur projet, la boulangerie du village, elles cuisinent des crêpes qu’elles vendent à la sortie de l’école, elles programment des coups de communication… Récolter de l’argent, pour financer leur départ au Rose Trip Maroc, destiné à faire avancer la recherche contre le cancer du sein. Départ, le 28 octobre, pour une aventure jusqu'au 2 novembre. Les bénéfices ? Ils seront versés au Ruban rose et à l’association des Enfants du désert. Et surtout, à aider une autre maman de trois enfants malade, à financer son traitement.

Crédits photo : C. Arnould / Département du Nord - DR

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