SÉNIORS | FLANDRE INTÉRIEURE, TOUT LE DÉPARTEMENT
25 mai 2021

Conversations guidées pour séniors isolés

Le Département participe au projet européen HAIRE qui vise à identifier les besoins et envies des personnes âgées isolées grâce à des conversations guidées. À Arnèke, Jocelyne et Guy Deroo ont pu y participer. Rencontre.

Pour arriver chez Jocelyne et Guy Deroo, mieux vaut avoir un bon GPS. L'ancien corps de ferme qu'ils habitent est situé aux confins du village d'Arnèke, tout au bout d'un long chemin de terre.

Une fois sur place, plus que la cloche un peu fatiguée par les années, c'est "Nounours" qui se charge de prévenir de votre arrivée. L'impressionnant chien de montagne des Pyrénées (65 kg !) est l'un des nombreux animaux à tenir compagnie au couple, très isolé.

Nous sommes ici depuis 20 ans mais nous ne connaissons personne, explique Guy. Nous n'avons presque pas de famille non plus, et au fil des années, les liens se sont distendus. Et puis notre boîte aux lettres est là-bas, au bord de la route, alors je ne vois même pas le facteur. 

Jocelyne, son épouse, souffre d'importants problèmes de santé qui entravent grandement sa mobilité. Coincé dans sa maison isolée au beau milieu de la plaine flamande, le couple ne voit plus que l'auxiliaire de vie qui passe quotidiennement.

Identifier les besoins des séniors isolés

C'est dans le cadre du projet européen HAIRE (Healthy Aging Innovation in Rural Europe) que Jocelyne et Guy ont fait la connaissance d'Isabelle Poiret, évaluatrice médico-sociale au Département.

Le projet, qui s'intitule en français "Vieillir en bonne santé grâce à l'innovation dans l'Europe rurale", consiste à mener une étude sur la situation d'isolement des personnes âgées. Il est notamment basé sur le principe de la conversation guidée.

La conversation guidée est un entretien semi-directif qui dure généralement entre deux et trois heures. À partir de thématiques larges (la vie personnelle et professionnelle, l'environnement de vie, les centres d'intérêt, etc.) et de quelques images, nous invitons les personnes à nous parler d'elles-mêmes, explique Isabelle Poiret.

Les entretiens sont ensuite retranscrits et analysés par l'université d'Artois, l'un des partenaires français du Département dans le projet HAIRE.  Avec l'aide de l'association Unis-cités, le Département a prévu de mener 150 conversations guidées. Des conversations loin d'être anodines et dans lesquelles, de l'avis même de la professionnelle du Département, il y a un investissement réciproque.

Pour Guy et Jocelyne Deroo, Isabelle Poiret a une vraie qualité d'écoute qui nous a mis en confiance. Le contact est bien passé et après sa venue, on était contents. Ce projet recrée du lien et donne envie de reprendre des activités.

Illustration
Guy Deroo et Isabelle Poiret, évaluatrice médico-sociale du Département, poursuivent l'échange devant la ferme. "Nounours" n'est jamais loin de son maitre.

Les deux séniors ne demandent pas grand chose : trouver des gens pour jouer au tarot, réapprendre à jouer aux échecs, aller au musée de Flandre à Cassel, partir quelques jours en Normandie avec leur camping-car, …  Et surtout, ne plus être esseulés.

Beaucoup de séniors se résignent et ne s'autorisent plus à dire "j'ai envie de". Pourtant, ils ne demandent généralement que de petites choses qui nous semblent anodines mais améliorent vraiment leur quotidien.

Isabelle Poiret

 Ce qui ressort le plus, c'est l'envie de sortir et de revoir ses proches. L'autre jour, j'ai juste accompagné une dame jusqu'à sa boite aux lettres : c'était son bonheur de la journée, ajoute-t-elle.

En pleine crise sanitaire, la conversation guidée a dépassé ses objectifs : elle s'est transformée en outil de lutte contre l'isolement. Pour Isabelle Poiret, c'est donc bien plus qu'une étude. C'est une action à part entière et une véritable expérience humaine.

Un rapport intermédiaire a déjà été produit afin que les partenaires puissent commencer à se mobiliser sur le territoire. À partir des envies exprimées par les séniors isolés, deux axes de travail sont envisagés : mieux faire connaître aux personnes âgées ce qui existe déjà pour elles et proposer des solutions innovantes.

Dans six mois, quand je retournerai voir Jocelyne et Guy Deroo, et tous les autres, j'espère bien pouvoir leur proposer des choses !, conclut Isabelle Poiret.

Crédits photo : C. Arnould

Pour aller plus loin

Retour au sommet